Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.

Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.

Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.

Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.

Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.

Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.

Gilbert Rose

mercredi 22 décembre 2010

Le vieux mûrier....

     Dans un Figaro Magazine de décembre, j'ai lu un bien bel article de Cyril Drouhet sur les arbres multi-centenaires et leur histoire.

     Ce texte m'a fait penser à la châtelaine de mon village, qui me demandait quelquefois de passer chez elle, le dimanche matin, afin de conseiller un de ses fils qui souhaitait devenir chef d'orchestre.

     Au cours d'une de ces visites, j'évoquai Nicolas-Joseph de La Condamine, qui était, à la fin du XVIIIe siècle, le propriétaire des lieux.

     Spécialiste de la sériciculture, il avait planté de nombreux mûriers blancs dans le vaste parc de son château ; ceux-ci fournissaient la nourriture nécessaire aux chenilles qu'il élevait en grand nombre. Sa production faisait le bonheur des messoyers et fileurs de soie de Metz.

     En effet, malgré un climat qui ne convenait guère, Monsieur de La Condamine avait aménagé une magnanerie dans une dépendance de sa demeure, qu'il chauffait durant la saison froide et qu'il alimentait en eau grâce aux puits de son parc.

     A ces mots, Madame ...... m'entraîna dans le jardin et me montra, au milieu d'une pelouse, un énorme mûrier dont le tronc était si large, qu'on l'avait entouré d'une solide ceinture d'acier pour éviter un évasement destructeur. C'était le dernier vestige de cet élevage de vers à soie qui aurait mérité de figurer dans l'article du Figaro. Hélas, il ne résista pas à la puissance de la tempête en 1999 et son vieux tronc fatigué s'éparpilla tristement sur la pelouse....

     Après le décès de La Condamine en 1819, plus personne n' a produit de la soie à Pouilly. Dommage... car c'est justement cette année-là que Perottet, botaniste français, ramena d'un voyage à Manille le fameux mûrier multicaule au feuillage d'un volume extraordinaire bien utile devant la gloutonnerie des bombix mori, et qui fut considéré ensuite comme le meilleur et, paraît-il, le seul utilisé en Chine.

     Celui-là aurait peut-être résisté à la tempête......

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