Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.

Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.

Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.

Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.

Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.

Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.

Gilbert Rose

vendredi 27 août 2010

Vive l'opérette !

     Dernièrement, j'ai pris connaissance du programme de la saison lyrique au théâtre de Metz, pour l'année 2010-2011, que l'on peut trouver à l'Office du Tourisme.

     Je me suis alors souvenu de la première saison que j'effectuai en partie à Metz, partageant également mon temps, à ce moment de mon existence,  entre Nancy et Paris.

     Du 11 octobre 1949 au 3 avril 1950, pas moins de 63 représentations lyriques se déroulèrent sur la scène messine. Neuf opéras seulement, mais quinze opérettes (ou opéras-comiques), données plusieurs fois chacune.

     Si Albert EHRMANN dirigeait les opéras, c'était le chef de choeur, Marcel RACOEUR, qui conduisait les autres spectacles, avec un solide métier et une oreille à toute épreuve. En fin de carrière, plus très jeune et de petite taille, il avait bourlingué dans tous les théâtres de province. Dans ses pérégrinations, il était déjà en poste à Metz en 1924, et je l'ai retrouvé par hasard en 1937 à Nantes, engagé au théâtre Graslin.

     A Metz, son rôle (ses rôles !) était ingrat et pourtant nécessaire......

     Son occupation principale consistait à la préparation des choristes pour chaque ouvrage. Or, à cette époque, ceux-ci étaient des chanteurs amateurs ayant une activité professionnelle dans la journée. Ne  pouvant se libérer qu'après leur travail,  RACOEUR leur consacrait donc toutes ses soirées. Comme il était libre dans la journée, on lui confia la fonction de maître de chant, laquelle consiste à apprendre leurs rôles aux artistes, individuellement, et à  faire répéter les ensembles. Lorsque la distribution était chargée, il se passait souvent de déjeuner....

     Quelquefois, au cours d'une répétition générale, lorsque les choeurs étaient hésitants ou malhabiles, EHRMANN, stoppant l'action, hurlait de la fosse : "Racoeur !!!". Ce dernier, sortant des coulisses, avançait sur le plateau, humble, un peu voûté, et recevait les remontrances (un mot plus trivial conviendrait mieux) du chef avec un sourire contrit, écartant à plusieurs reprises ses bras du corps d'un air d'impuissance. Puis on reprenait le déroulement de la répétition.....

     Je crois que Marcel RACOEUR est décédé à Metz, mais je n'en suis pas certain. C'est un personnage de mes débuts dont je me souviens avec émotion.

  

  

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