Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.

Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.

Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.

Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.

Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.

Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.

Gilbert Rose

jeudi 29 mai 2014

Je suis un délinquant !

     Toute ma vie d'automobiliste j'ai respecté les indications de vitesse indiquées sur le bord des routes et autoroutes de France et de Navarre.

     Aujourd'hui j'ai reçu un courrier officiel composé de trois feuilles de couleurs verte, orange et bleue, surmontées du drapeau tricolore. En lisant ce document, je m'aperçois qu'on me demande de payer une amende de 45 € et qu'on me retire un point sur mon permis de conduire.

     Ce "on" est l'agent verbalisateur et anonyme 437010, qui est chargé d'appliquer la loi. Pour quel motif cette amende ?

     Sur une route dont la vitesse est limitée à 70 km.-heure, j'ai eu l'audace de rouler à 72 km.-heure ! J'avais obtempéré à l'injonction de conduite réduite, mais que diable ! on ne peut avoir constamment le regard fixé sur son compteur kilométrique. Il faut aussi surveiller la route !

     Aujourd'hui, à l'apogée d'une existence paisible et loyale, le retraité que je suis éprouve un malaise d'avoir ainsi trahi la constitution de son pays par cette grave infraction qui fait de lui un délinquant !

     Je ne pense pas, bien sûr, à tous ces braves automobilistes qui me doublent à grande vitesse sur l'autoroute Metz-Nancy limitée à 110 km.-heure.

     Ces 45 €, que je vais offrir à mon pays, il faut bien que je les retire de ma modeste retraite. Je ne pourrai pas les utiliser pour une autre dépense, un repas au restaurant, par exemple. Repas qui m'aurait coûté le double en y associant mon épouse. Mon restaurateur favori sera victime d'un manque à gagner. Pourtant, le "pôvre", il n'aura pas commis, comme moi, un grave excès de vitesse.

     Je me demande si mes 45 € d'amende seront suffisants pour colmater l'énorme déficit du budget de la France, dont l'économie est aujourd'hui exsangue. L'agent verbalisateur 437010 a certainement pensé que c'était possible. Mais il faudra beaucoup de 45 € pour y parvenir... Il a du pain sur la planche... et un grand nombre de dindons à plumer !

     Je me console en pensant que mon amende de 45 € est un don patriotique que je fais pour réduire la détresse financière de la République. L'espoir fait vivre !

     Il  serait ingrat de terminer mon billet sans prodiguer tous mes encouragements à l'agent verbalisateur 437010 pour la lourde tâche qui l'attend dans un proche avenir.

samedi 10 mai 2014

Le 18 mai, cent unième anniversaire de Charles Trénet

     Afin de bien marquer sa nomination de directeur du Théâtre de Metz pour la saison 1939-1940, Charles Coste, ancien trial, programma un spectacle de variétés en avant saison, le 12 septembre 1939. Pour cela il engagea le célèbre orchestre de jazz de Fred Adison et la grande vedette de la Radio, le fou chantant Charles Trénet. Ce fut d'ailleurs la seule réalisation de Coste à Metz, puisque la saison lyrique n'eut pas lieu.

     Un seul quotidien messin annonça ce spectacle qui se déroula au théâtre dans une relative indifférence. En effet, dès le 2 septembre, les événements dramatiques que l'on connaît étaient relatés chaque jour dans la presse : l'invasion de la Pologne, la mobilisation générale, la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, l'évacuation progressive d'une partie de la population.

     Le Républicain Lorrain, ne semblant pas approuver un pareil spectacle en une telle période, n'en parla pas. Par contre, ce journal développait dans ses colonnes la résistance courageuse des Polonais, l'avance hésitante des troupes françaises au-delà du Rhin, l'attitude que devait adopter la population en cas d'attaque, ainsi que d'autres informations locales plus importantes, pour la direction du quotidien, que cette soirée peut-être inopportune.

     Les interprètes furent brillants mais la salle partiellement occupée, malgré le succès foudroyant que remportait à cette époque Charles Trénet. La tension intense qui régnait sur la ville en fut sans doute la cause.

     Le spectacle avait été monté à l'initiative de Maurice Chevalier, dont l'orchestre de Fred Adison était l'accompagnateur favori. Ils revenaient d'ailleurs d'une tournée commune aux Etats-Unis. Ne souhaitant pas venir à Metz pour ce concert du 12 septembre, Maurice Chevalier conseilla à Fred Adison d'engager Charles Trénet qu'il connaissait bien. En effet, ce dernier avait écrit pour lui une chanson qui remporta un franc succès Y-a d'la Joie !

     Refusé plus tard à l'Académie Française, Charles Trénet fut élu, en 1999, membre de l'Académie des Beaux-Arts, au fauteuil numéro 8 de la section des compositeurs de musique, nouvellement créé.

     Il aurait pu siéger aux côtés de Marcel Landowski, Daniel-Lesur, Serge Nigg, Marius Constant et Iannis Xenakis. Mais, refusant d'acquérir le coûteux habit vert indispensable pour les membres de l'Institut, il ne fut jamais reçu officiellement sous la coupole... Dommage...

mercredi 9 avril 2014

La musique a ses dangers...

     Il arrive quelquefois, au cours d'un opéra, qu'un artiste se blesse sur la scène durant la représentation.

     Ce genre d'incident est souvent arrivé dans l'œuvre de Meyerbeer, Les Huguenots. Dans le dernier tableau, la mise en scène est très difficile à réaliser. En effet, Valentine, Raoul et Marcel se trouvent au milieu du plateau, entourés par des arquebusiers, lesquels tirent ensemble sur les malheureux.

     Bien sûr il n'y a pas de projectile dans les fusils ; mais quelquefois la bourre provoque des blessures. Ainsi, c'est arrivé à Metz en septembre 1838 : Madame Ferry fut blessée entre l'œil et l'oreille gauche. Puis, en novembre 1843, toujours à Metz,  Clara Dorsan fut atteinte à la cuisse.

     Plus gravement touché, Jean-Baptiste-Prosper Boulard eut l'avant-bras déchiré en 1841.

     C'est un dur métier que celui d'artiste...

     Une aventure de ce genre m'arriva un jour, lors d'un concert de fin d'année. A la fin de la polka La Chasse de Johann Strauss, je devais tirer un coup de fusil en l'air, en guise de gag, afin d'amuser le public, comme le font souvent les musiciens de l'orchestre de Vienne le 1r janvier.

     Un ami chasseur m'avait prêté l'arme et les cartouches, dont j'avais prudemment retiré les plombs. Au cours d'une répétition, le coup partit accidentellement et un musicien reçut la bourre dans le dos. Justement celui avec lequel je n'entretenais aucune relation amicale. Ce n'était pas bien grave, la bourre étant formé de coton compressé.

     Mais la police a eu des difficultés à croire que je ne l'avais pas fait exprès...

vendredi 21 mars 2014

Un appel du passé...

     Jusqu'à présent je n'avais jamais inséré une image dans mon blog, ignorant la manière de procéder. Un de mes fils me l'ayant indiqué, cette première photographie a provoqué un appel téléphonique de Véronique.

     Véronique, que j'ai connu enfant, est la fille de Marie-Louise Tillion-Reghem, qui jouait la 1re viole d'amour dans mon ensemble Les Instruments Anciens de Lorraine.

     J'ai ainsi obtenu des nouvelles de ma talentueuse partenaire, que j'avais perdu de vue depuis des années. Demeurant dans le Charolais, elle a atteint le bel âge de 92 ans, sous la tendre protection de ses enfants.

     Cet appel a fait remonter ma pensée dans un temps très ancien, lorsque le père de Véronique, le virtuose Léon Tillion était professeur de violon au Conservatoire de Metz où il a formé un grand nombre de concertistes, dont certains occupent encore aujourd'hui les premières places parmi les violonistes français.

     Je pense surtout à Jean Lenert, professeur au Conservatoire supérieur de musique de Paris ; mais il y en eut d'autres... comme Ami Flammer...

     En ce temps déjà lointain, Marie-Louise et Léon Tillion étaient de grands serviteurs de la musique, qu'ils pratiquaient avec sincérité, enthousiasme et beaucoup de sentiments.

     C'était une période durant laquelle de nombreux élèves, premiers prix du Conservatoire de Metz entraient au Conservatoire de Paris grâce au dévouement de leurs maîtres messins. Violon, flûte, clarinette, percussion...

     Ils sont depuis devenus célèbres... Mais savez-vous qu'aucun, dans sa biographie, ne cite son premier professeur, le guide initial de sa carrière...? Aucun sauf Jean Lenert.

    Curieux pour des musiciens, sensibles de nature...

     Berlioz l'avait déjà remarqué, qui écrivait : "L'ingratitude est l'indépendance du cœur", alors que Frédéric Dard trouve cela très normal lorsqu'il dit : "L'ingratitude est un gain de temps".

     Vous comprenez pourquoi l'appel de Véronique, qui n'était pas mon élève, m'a néanmoins chauffé le cœur...

  

dimanche 16 mars 2014

Les Instruments Anciens de Lorraine







Les Instruments anciens de Lorraine. Cette photographie devait illustrer mon billet du mercredi 14 août 2013, concernant l'ensemble de musique ancienne que je conduisais vers 1960.

Aux violes d'amour, Marie-Louise Tillion-Reghem et moi-même, à la viole de gambe, Ferdinand Berbuto et au clavecin, Danielle Wolgensinger. L'image a été prise dans le grand salon de l'Hôtel de Ville de Metz.

mardi 4 mars 2014

Il y a 160 ans... la Crimée.

     Une fois encore, depuis l'antique Tauride qui recueillit l'infortunée Iphigénie, la presqu'île de Crimée est à nouveau au centre de l'actualité.

     Elle a coûté fort cher aux habitants de Metz durant la guerre que Napoléon III y a mené de 1854 à 1856. Beaucoup sont morts au combat et d'autres, peut-être plus nombreux, terrassés par le choléra.

     Parmi eux quelques musiciens : Jean-Auguste-Émile Léré, caporal de 29 ans. Il jouait de la contrebasse à l'orchestre de l'École de musique. Blessé devant Eupatoria, il mourut de ses blessures le 23 mars 1855.

     Pierre-Eugène Tellier, 44 ans, était chef de bataillon mais aussi violoniste. Il tomba lors de la prise de la Tour de Malakoff le 8 septembre 1855. Blessé au même endroit et au même moment, Vincent-Léon-Auguste Souty, chef d'escadron, mourut quatre jours plus tard à Sébastopol. Il jouait aussi du violon.

     A Metz on connaissait le misérable état des combattants de l'armée française engagée dans cette guerre. Aussi, Édouard Mouzin, directeur de l'École de musique, organisa à leur bénéfice, un grand concert donné au théâtre le 5 mars 1855, il y aura 159 ans demain. Accompagnés par l'orchestre de son école, les 150 choristes de l'Orphéon, de récente création, chantèrent une cantate de la composition du maître, Metz, pour voix, chœurs et orchestre. Les solistes étaient Eugène Pierné et son épouse, parents de Gabriel, pas encore né.

     Ce concert était fort long, car on y entendit également la Pastorale et de nombreux autres morceaux exécutés par les professeurs de l'École de musique, mais aussi la prestation commune des quatre musiques militaires à ce moment en garnison à Metz.

     Le 7 octobre de la même année, fut créée une autre cantate de Mouzin, dont le titre était Sébastopol, pour ténor, basse, chœurs et orchestre. Auparavant, durant la Foire de Mai qui se déroulait cette année-là sur la place de la Comédie, on vit pour la première foi au milieu des boutiques habituelles, un nouvel établissement servant des boissons, glaces et gaufres, avec un orchestre de sept musiciens.

     Et savez-vous comment se nommait cette nouvelle échoppe ? Tout simplement Le Café de Sébastopol... Actualité oblige... on a davantage de décence aujourd'hui... enfin je crois...

  

lundi 24 février 2014

Une simple musicienne d'orchestre...

     Dans ce billet, j'évoque une camarade d'orchestre disparue à la fin du mois dernier, discrètement, comme elle vécut les dernières années de son existence.

     Arlette Moulin était née à Nancy, comme moi, mais, légèrement plus âgée, elle ne m'avait pas rencontré au Conservatoire de cette ville.

     Par contre j'y ai connu sa jeune soeur Jacqueline, qui fréquentait la classe de chant de Carbelly. Elle avait une jolie voix de soprano léger et a eu la gentillesse de chanter lors de mon mariage.

     Arlette et Jacqueline étaient les filles de Léonce Moulin, professeur au Conservatoire et clarinette solo à l'orchestre de Nancy.

     Arlette était harpiste ; élève à Nancy de madame Mercier, elle était ensuite entrée au Conservatoire de Paris, dans la classe de Marcel Tournier, dont elle fut le dernier 1er prix avant la retraite de son maître, remplacé par Lily Laskine en 1948.

     Arlette réussit le concours de harpe solo à l'Orchestre municipal de Metz le 19 septembre 1946. Mais étant encore élève au Conservatoire de Paris, elle obtint, le 7 novembre, une autorisation spéciale du directeur Claude Delvincourt, "... de manquer les cours toutes les fois que les nécessités de son service à l'orchestre l'exigeront."

     A l'orchestre de Metz elle fit la connaissance de Robert Petit, 2de flûte, qu'elle épousa en 1950 et qui lui donna une fille puis un garçon.

     Les deux artistes exercèrent leurs talents à l'Orchestre de Metz jusqu'au décès de Robert. Lorsque l'orchestre devint régional puis national, Arlette se retira de la vie active.

     Combien de mélomanes se souviennent-ils encore des merveilleux soli de harpe joués avec brio par Arlette ? ... La Valse des Fleurs de Tchaikovski, ... Le Bal de la Symphonie Fantastique de Berlioz... Tzigane de Ravel... Shéhérazade de Rimski-Korsakov... et beaucoup d'autres...

     Certains sont oubliés après leur mort, Arlette l'était depuis bien longtemps déjà...