Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.

Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.

Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.

Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.

Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.

Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.

Gilbert Rose

samedi 25 février 2012

De qui se moque-t-on ?

     Cette semaine, la télévision retransmettait la remise de récompenses des Victoires de la Musique classique (pourquoi classique, puisqu'on y entend aussi de la musique baroque, romantique et contemporaine ?).

     J'ai admiré le machiavélisme primaire avec lequel on a osé comparer une harpiste ne connaissant apparemment pas son texte, un altiste sans doute excellent, ayant choisi la transcription d'un lied de Schubert au tempo trop calme pour pouvoir exprimer ses qualités, et un tubiste transcendant de virtuosité dans une oeuvre d'aujourd'hui éblouissante.

     Et cela sous le regard navré du bon Lodéon, relégué, malgré son talent, au rôle secondaire de simple dictionnaire vivant.

     Un bon point (tout de même) remarqué dès le début de l'émission, le remplacement de madame Drucker. Mais son successeur est-il mieux choisi ?...

    Et puis il y eut de bons moments : l'ardente sonorité de l'Orchestre National d'Ile-de-France, devenant discrète dans les accompagnements, les belles voix des jeunes chanteurs français, et surtout, pour finir la soirée, l'ensemble baroque de Nathalie Stutzmann, le chef aux gestes précis et le contralto au registre émouvant.

     Quant à l'autre soirée des Victoires de la Musique (tout court), on en a vraiment peu entendu (de la musique). C'est un concours de criailleries et braillements en tous genres, dignes de ceux de ma concierge lorsqu'on salit ses escaliers ! Ou alors on entend de languissantes mélopées américaines  produites par de curieux larinx nettement moins purs que celui du président Obama... lorsqu'il chante.

     La langue française n'est utilisée que par les présentateurs..... et encore.

     Je sais de qui on se moque.... et vous aussi....

  

lundi 6 février 2012

Les grandes eaux....

     Il y a quelques jours, j'étais à Nancy avec des amis de jeunesse et, au gré de notre conversation, nous évoquâmes l'inondation de la ville en 1947. A ce moment, mes parents demeuraient rue Saint-Georges, près de la Cathédrale.

     J'en garde aujourd'hui encore un souvenir d'appétence, vous allez savoir pourquoi.

     Le lundi matin 28 décembre, je pris le train pour Paris où je me rendais périodiquement pour y recevoir mes leçons d'alto chez Robert Boulay à Boulogne-Billancourt, et d'écriture chez Francis Casadesus, rue Vauvenargues.

     Après mes cours, je passai la soirée dans ma famille parisienne, et le lendemain matin, après un copieux petit-déjeuner, je repris le train pour Nancy.

     Je n'avais pas pris garde aux annonces affichées dans la gare de l'Est, aussi fus-je surpris par la lenteur du convoi et les arrêts fréquents en pleine nature, surtout après Châlons-sur-Marne. La campagne et de nombreuses localités étaient inondées par une crue importante de tous les cours d'eau.

     Plusieurs itinéraires furent tentés pour joindre Nancy mais en vain. Le train passa même à Metz !  Je me souviens d'un long arrêt en aplomb d'une vaste place totalement inondée, au centre de laquelle se trouvait une voiture submergée et son conducteur debout sur le toit. J'ai su plus tard qu'il s'agissait de la place Mazelle.

     Enfin, tard dans la nuit, nous arrivâmes à Nancy. J'étais affamé car depuis le petit-déjeuner de ma tante et sans argent, je n'avais rien mangé de la journée.....

     Aussi, en rentrant à la maison, sans éveiller mes parents, je me précipitai dans la cuisine et ouvris le réfrigérateur. Vide ! La cave ! vite la cave où il y a des conserves !

     Pas de lumière ? Qu'importe, j'irai dans l'obscurité !

     Posant le pied sur la première marche descendante, je le retirai aussitôt, mouillé jusqu'à la cheville !

     La cave était entièrement inondée..... Un petit ru traverse ce sous-sol, sortant d'un tunnel et entrant dans un autre après quelques mètres. C'est lui le responsable de notre cave submergée car je sus le lendemain que l'inondation des rues de la ville s'était arrêtée à deux pas de la maison.

     Je restai donc affamé jusqu'au matin.....

     Pour mon père, la grande perte était sa belle collection de vins de garde... Et bien elle résista !

     Mais les étiquettes étaient décollées.....

     Pendant longtemps, au cours des repas, mes parents procédèrent à des dégustation dites "à l'aveugle", entraînant d'âpres discutions.

     Je crois que c'est de ces instants inoubliables que je reçus ma modeste éducation oenologique.

     A quelque chose malheur est bon.......

    

dimanche 15 janvier 2012

Le Maître d'école...

     Cette semaine, avec de nombreux amis, j'ai eu la grande peine d'assister aux obsèques d'un compagnon académicien, André Michel.

     Notre président prononça des propos émouvants, évoquant la longue vie, les nombreuses actions et les belles qualités du confrère regretté ; le docteur Jouffroy rappela que notre ami disparu avait débuté sa vie active en qualité d'enseignant en école primaire.

     J'ai alors pensé à un autre instituteur ayant appartenu également à notre compagnie, parti depuis bientôt dix ans, et pour lequel André Michel avait prononcé l'éloge, édité dans nos Mémoires de 2002.

     Il s'agit de Jean Morette, jamais oublié, qui aimait à dire qu'il était maître d'école, titre auquel il tenait beaucoup. Et comme un authentique maître d'école d'antan, savait se pencher avec gentillesse et attachement vers les enfants qu'il éduquait, devinant ce qu'ils espéraient sans oser le dire, ce qu'ils demandaient en silence. Pour eux il a inventé mille accessoires pédagogiques grâce auxquels, émerveillés, ses jeunes disciples découvraient les mystères du langage, des sciences ou des arts, mieux qu'avec les plus savants manuels scolaires.

     Il voulait, je le cite, leur donner des leçons de droiture, de courage et de patriotisme. Surtout, il leur a ouvert l'esprit sur toutes les Choses de la Nature.

     Jean Morette était aussi un conteur et un artiste exceptionnels ; ses dessins sont et resteront inimitables. Il leur a consacré les plus précieuses minutes de sa vie. Durant les heures les plus graves, les plus douloureuses, au milieu d'une détresse infinie, il n'a cessé de dessiner, sur n'importe quel support, pourvu que le crayon y marque ce que ses yeux découvraient, ce que son âme contemplait. C'était durant sa captivité de 1940 à 1942.

     Sa collaboration au Républicain Lorrain avec Victor Demange d'abord puis Marguerite Puhl-Demange, aura permis à tous les enfants des lecteurs, même ceux qui ne furent pas ses élèves, de découvrir l'histoire de la Lorraine tout en s'amusant.

     La revue Le Pays de l'Orne a évoqué Jean Morette dans son numéro de novembre dernier, et L'Espace Education, Art et Culture de Moselle, organise la semaine prochaine, une exposition de ses oeuvres, l'associant à Albert Thiam.

     Mercredi 18, une conférence est organisée par le CDDP de Moselle sur ces deux artistes. J'ai voulu m'y inscrire, malheureusement il n'y a plus de place disponible.

     Dommage.... je resterai chez moi en pensant aux heureux moments partagés avec mes chers confrères André Michel et Jean Morette, mon ami....

lundi 12 décembre 2011

Le nu et le lyrique....

     Il arrive que -- dans certains rôles -- les artistes lyriques doivent se dénuder en scène. Dans Thaïs de Massenet, par exemple, au 2d acte la courtisane montre sa poitrine au moine Athanaël pour le provoquer.

     Toujours au 2d acte, mais dans La belle Hélène d'Offenbach, la reine tombe dans les bras de Pâris en laissant glisser son seul vêtement...

     Dans Salomé de Richard Strauss, la danse des Sept Voiles permet à l'héroïne de terminer son ballet.... sans aucun voile...

     Dans certaines chorégraphies du Canadien Harold Rhéaume, on voit des hommes entièrement dévêtus, alors que Maguy Marin déshabille toute sa troupe dans une de ses créations.

     L'extrême audace en ce domaine a été atteinte à Bayreuth il y a quelques années dans l'oeuvre de Wagner, Tannhauser. Au 1r acte, dans la scène du Venusberg, on a vu un homme entièrement nu, exposant une superbe érection, traverser lentement et fièrement le plateau, de la cour au jardin, au milieu de la bacchanale effrénée dédiée à la déesse Vénus.

     Le public a assez passivement accepté cette provocation du metteur en scène, sauf une vieille dame, ayant amené sa petite-fille de 13 ans à une représentation, et qui ne savait que répondre aux questions de la gamine intriguée.

     La première prima donna qui osa entrer en scène les seins nus, fut Mlle Guerin, à Paris, en 1827....

     Vous me croirez si vous le voulez, elle a été sifflée !

     Quelle goujaterie.......

dimanche 27 novembre 2011

Choeur de chiens.....

     J'ai promis de raconter certaines mésaventures non souhaitées, se produisant inopinément lors de représentations lyriques. Je n'ai pas vécu celle-ci, je l'ai lue dans un journal autrichien de l'époque.

     En décembre 1875, Richard Wagner fit représenter son Tannhaüser à l'Opéra impérial de Vienne.

     Au cours du second tableau de l'oeuvre, de retour du Venusberg, Tannhaüser, traversant la forêt du Wartburg, y rencontre le Landgraf Herman et ses chevaliers Wolfram, Walther et leur suite. Ceux-ci, revenant de la chasse, entraient en scène à cheval, suivis d'une nombreuse meute de chiens.

     En mettant pied-à-terre, l'un d'eux eut la maladresse de poser le pied sur la patte d'un des molosses, lequel écoutait pacifiquement la musique du maître.

     Hurlant de douleur, la pauvre bête fut immédiatement imitée par ses congénères et ce fut un concert de hurlements et aboiements furibonds qui ne s'acheva qu'après de très longues minutes, sous les éclats de rire du public.

     J'ignore comment on parvint à faire taire la meute, mais à la représentation suivante, elle avait mystérieusement disparue....

     Aujourd'hui, on supprime également les chevaux,... sans doute de peur qu'ils hennissent....

lundi 21 novembre 2011

L'égalité des sexes en musique.

     Périodiquement, dans la presse, il est question de la regrettable inégalité de salaire entre femmes et hommes. C'était le cas ce matin dans mon quotidien.

     Dans ma profession de musicien, ce problème n'a jamais existé...

     Lorsqu'un poste se libère dans un orchestre ou un conservatoire, un concours est ouvert, au cours duquel les lauréats interprètent sur leur instrument et derrière un paravent, les morceaux de musique imposés.

     Le meilleur instrumentiste est admis par le jury, quelque soit son sexe. Comme le montant du traitement est indiqué au préalable sur l'avis de concours, il est automatiquement appliqué au lauréat reçu, homme ou femme.

     Aujourd'hui, dans les orchestres, l'équilibre des genres existe dans tous les pupitres. Mais je me souviens qu'à mon arrivée à Metz en 1950, il n'y avait que trois femmes à l'Orchestre du Conservatoire, alors qu'à l'orchestre de la Radio de Sarrebruck, il n'y en avait aucune, même pas à la harpe.

     Par contre, à mes débuts à Nancy, il existait déjà une certaine parité parmi les cordes. Un peu plus tard, dans ce même orchestre, tous les violonistes était des femmes,.... sauf Lionel.

     Je tiens à vous rassurer, il ne gagnait pas moins que ses partenaires féminines.....

lundi 14 novembre 2011

Encore une histoire de cloches

     Hier soir, sur Arte, j'ai écouté et admiré un remarquable harpiste. J'ai bien dit "un". On est habitué à ne voir derrière cet instrument éolien, que de "jeunes personnes", comme on disait jadis pour désigner des demoiselles. Si bien qu'aujourd'hui, entendre un homme s'exprimer sur une harpe nous semble extravagant.

    Il se nomme Xavier de Maistre, est soliste au Philharmonique de Vienne, et joue divinement de son instrument.

     Comme pour la profession des secrétaires, la gent féminine a investi celle des harpistes, alors que pour l'un et l'autre de ces états, au XIXe siècle, il n'y avait que des hommes.

     L'un de ces harpistes du siècle avant-dernier, fort célèbre dans toute l'Europe, avait pris l'habitude de se produire à Metz entre 1849 et 1861. Il obtenait toujours un grand succès, surtout lorsqu'il jouait son oeuvre très populaire "La danse des Sylphes". Il s'agit de Félix Godefroy (1818-1897), également compositeur et de nationalité belge.

     Moderne, il jouait sur une harpe chromatique.

     Le 22 février 1856, dans le grand salon de l'Hôtel de Ville de Metz, tandis qu'il interprétait sa pièce orientale "Le réveil des Fées", l'horloge de la ville se fit entendre. D'habitude on stoppait le mécanisme lorsqu'il y avait concert...

     Par un hasard extraordinaire, la cloche municipale était dans la tonalité du morceau. Godefroy alors, très habilement, adapta son tempo à celui de l'accompagnement inattendu.

     Malheureusement, une modulation obligea le virtuose à interrompre son jeu pendant un court instant, pour éviter des frottements harmoniques trop cacophoniques. Tout cela au milieu des sourires de l'assistance.

     Godefroy donna un second concert le 27 février, mais sans le carillon..... Dommage.....