Depuis quelques semaines je n'évoque plus mes souvenirs. Peut-être pensez-vous que je n'en ai plus.... que je les ai définitivement oubliés....
Non, le temps me manque , tout simplement.
Plus les ans passent, plus je suis sollicité pour effectuer des travaux de recherches liés à mon état de musicologue, de crainte sans doute, que je m'en aille avant d'avoir vidé mon sac mnémonique ou ma boite à Pandore (sans l'Espérance). Et je n'ai plus le temps de me remémorer mes jeunes années.....
Pourtant, depuis un mois, des événements ont fait émerger dans ma mémoire figée, des amis de naguère, oubliés, des actes éphémères sortis de mon esprit depuis longtemps. Je me suis aperçu récemment que des noms perdus pouvaient resurgir brusquement, en un instant aussi fugace qu'inattendu.
Ainsi, à l'Académie Nationale de Metz, mon confrère Ferdinand Stoll a prononcé récemment une communication sur le Théâtre du Peuple de Bussang. Pendant qu'il parlait, des images défilaient dans ma tête et lorsqu'il évoqua la fosse d'orchestre que Maurice Pottecher avait fait construire vers 1929, il y eut un déclic dans ma mémoire.
C'est durant l'été de 1948, chaque dimanche, qu'avec quelques amis de la classe de musique de chambre du conservatoire de Nancy, nous fûmes engagés au Théâtre du Peuple pour interpréter des quatuors entre les actes et les tableaux de la pièce de Maurice Pottecher, jouée et mise en scène par Pierre Richard-Wilm, avec Edwige Feuillère.
J'ai retrouvé le nom de cette comédie :"Mélusine et son mystère". Nous intervenions souvent, car cette pièce est écrite en 3 actes et 10 tableaux. Plusieurs amis de la classe de diction jouaient également sur scène, André Weber, Yvon Prévot et surtout Jacques Maginot, lequel fera partie de la troupe pendant plusieurs décennies.
Je me souviens de mon émoi en rencontrant Pierre Richard-Wilm, héros du film Le Comte de Monte-Christo, qui avait tant bouleversé mon enfance. Mon émoi se transforma en admiration lorsque je l'entendis jouer au piano : c'était tout simplement sublime. Quel artiste ! oublié lui aussi...
Merci, Monsieur Ferdinand Stoll d'avoir ainsi ravivé des souvenirs perdus !
Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.
Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.
Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.
Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.
Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.
Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.
Gilbert Rose
lundi 31 octobre 2011
mardi 13 septembre 2011
Ce qui se passa à Metz ce jour-là....
Plusieurs journaux, dont le Républicain Lorrain, ont demandé à certains de leurs lecteurs, ce qu'ils faisaient le 11 septembre 2001, au moment du lâche assassinat de New-York.
On ne m'a rien demandé, mais je vais néanmoins le dire.....
L'après-midi du mardi 11 septembre, je suis allé à l'Arsenal pour saluer Emmanuel Krivine, que je n'avais plus rencontré depuis quelques années. L'ancien directeur de la Philharmonie de Lorraine dirigeait ce soir-là, l' Orchestre Français des Jeunes, avec en soliste, Jean-Yves Thibaudet. Ne pouvant m'y rendre, je suis allé assister à la répétition.
A la pause, je me suis approché du chef d'orchestre, lequel, en m'apercevant, s'exclama avant même de me saluer : "Ah! Monsieur Rose ! Vous connaissez les Twin Towers ? Et bien elles n'existent plus ! Elles ont été anéanties !...." Il était bouleversé.... Je n'avais jamais vu Emmanuel Krivine ému à ce point....
Il avait appris l'événement à la radio, dans sa voiture, en se rendant à l'Arsenal. C'est lui qui m'a révélé l'horrible nouvelle que je ne connaissais pas encore....
J'ai su que le concert du soir fut remarquable, avec la Symphonie fantastique et le concerto de Ravel.
Cela n'a rien à voir avec ce drame, mais savez-vous que l'avant-veille, dimanche 9 septembre, le célèbre mezzo-soprano Karine Deshayes a remporté au Théâtre de Metz, le 1r Prix du Tournoi international des Voix d'Or, prélude à la brillante carrière qu'elle effectue aujourd'hui, dont l'apogée fut la Victoire de la Musique classique 2011 ?
On ne m'a rien demandé, mais je vais néanmoins le dire.....
L'après-midi du mardi 11 septembre, je suis allé à l'Arsenal pour saluer Emmanuel Krivine, que je n'avais plus rencontré depuis quelques années. L'ancien directeur de la Philharmonie de Lorraine dirigeait ce soir-là, l' Orchestre Français des Jeunes, avec en soliste, Jean-Yves Thibaudet. Ne pouvant m'y rendre, je suis allé assister à la répétition.
A la pause, je me suis approché du chef d'orchestre, lequel, en m'apercevant, s'exclama avant même de me saluer : "Ah! Monsieur Rose ! Vous connaissez les Twin Towers ? Et bien elles n'existent plus ! Elles ont été anéanties !...." Il était bouleversé.... Je n'avais jamais vu Emmanuel Krivine ému à ce point....
Il avait appris l'événement à la radio, dans sa voiture, en se rendant à l'Arsenal. C'est lui qui m'a révélé l'horrible nouvelle que je ne connaissais pas encore....
J'ai su que le concert du soir fut remarquable, avec la Symphonie fantastique et le concerto de Ravel.
Cela n'a rien à voir avec ce drame, mais savez-vous que l'avant-veille, dimanche 9 septembre, le célèbre mezzo-soprano Karine Deshayes a remporté au Théâtre de Metz, le 1r Prix du Tournoi international des Voix d'Or, prélude à la brillante carrière qu'elle effectue aujourd'hui, dont l'apogée fut la Victoire de la Musique classique 2011 ?
lundi 15 août 2011
Lohengrin trahi à son tour...
Hier soir j'ai voulu écouter et voir Lohengrin à la télévision. Quelle déception.....
J'ai toujours cru que cet opéra était un drame mystique que j'ai admiré jadis à Bayreuth, dans une mise en scène de Wieland Wagner ; mais monsieur Hans Neuenfels m'a démontré que j'avais tort, et avec moi d'innombrables admirateurs de Richard Wagner.
Ce metteur en scène est certainement un être supérieur, pour se permettre de corriger ainsi l'oeuvre géniale du compositeur allemand ; ou bien est-il un créateur au talent incommensurable.... mais alors pourquoi ne produit-il pas ses propres chefs-d'oeuvre au lieu de dénaturer ceux des autres ?
Lorsque, en août 1972, j'ai interviewer Wolfgang Wagner, petit-fils de Richard, pour le Républicain Lorrain, je lui avais posé cette question :
Votre conception scénique du Ring, après avoir étonné le monde, n'a-t-elle pas relancé les interprétations de la pensée de Richard Wagner ?
Le directeur du Festspiel de Bayreuth m'avait répondu :
Richard Wagner a expliqué toute sa mise en scène dans ses ouvrages. Mais il ne faut pas se contenter de lire les mots, il faut envisager les idées de base de la parole du compositeur.
La conception scénique de Wolfgang se plaçait dans l'esprit du créateur, utilisant adroitement la lumière, les projections et le mécanisme moderne des transformations visuelles, tout en respectant l'aspect des personnages, leurs gestes et leur action.
Son frère Wieland avait agit de même avec son Lohengrin quelques années auparavant.
Monsieur Hans Neuenfels transforme tout : les personnages, dont certains deviennent clownesques ; il caricature les choeurs en les affublant de costumes carnavalesques représentant de gros rats dont on se demande ce qu'ils font là, et utilise un gestuel sans rapport avec l'action première de l'oeuvre.
Et, pour couronner le tout, que vient faire cet horrible foetus remplaçant le jeune duc de Brabant à la fin de l'oeuvre ?
Chereau m'a fait fuir Bayreuth, ce n'est pas Neuenfels qui m'y ramènera......
J'ai toujours cru que cet opéra était un drame mystique que j'ai admiré jadis à Bayreuth, dans une mise en scène de Wieland Wagner ; mais monsieur Hans Neuenfels m'a démontré que j'avais tort, et avec moi d'innombrables admirateurs de Richard Wagner.
Ce metteur en scène est certainement un être supérieur, pour se permettre de corriger ainsi l'oeuvre géniale du compositeur allemand ; ou bien est-il un créateur au talent incommensurable.... mais alors pourquoi ne produit-il pas ses propres chefs-d'oeuvre au lieu de dénaturer ceux des autres ?
Lorsque, en août 1972, j'ai interviewer Wolfgang Wagner, petit-fils de Richard, pour le Républicain Lorrain, je lui avais posé cette question :
Votre conception scénique du Ring, après avoir étonné le monde, n'a-t-elle pas relancé les interprétations de la pensée de Richard Wagner ?
Le directeur du Festspiel de Bayreuth m'avait répondu :
Richard Wagner a expliqué toute sa mise en scène dans ses ouvrages. Mais il ne faut pas se contenter de lire les mots, il faut envisager les idées de base de la parole du compositeur.
La conception scénique de Wolfgang se plaçait dans l'esprit du créateur, utilisant adroitement la lumière, les projections et le mécanisme moderne des transformations visuelles, tout en respectant l'aspect des personnages, leurs gestes et leur action.
Son frère Wieland avait agit de même avec son Lohengrin quelques années auparavant.
Monsieur Hans Neuenfels transforme tout : les personnages, dont certains deviennent clownesques ; il caricature les choeurs en les affublant de costumes carnavalesques représentant de gros rats dont on se demande ce qu'ils font là, et utilise un gestuel sans rapport avec l'action première de l'oeuvre.
Et, pour couronner le tout, que vient faire cet horrible foetus remplaçant le jeune duc de Brabant à la fin de l'oeuvre ?
Chereau m'a fait fuir Bayreuth, ce n'est pas Neuenfels qui m'y ramènera......
lundi 8 août 2011
Le Caveau des Trinitaires.....
Ce matin, j'ai retrouvé une grande enveloppe emplie d'anciennes coupures de presse.
Parmi elles, un article du RL du jeudi 6 juillet 1972 m'a rappelé l'inauguration du Caveau des Trinitaires par son nouveau directeur, Pierre-Frédéric Klos, laquelle s'était déroulée la veille ou l'avant-veille.
Pierre-Frédéric avait prévu, pour l'occasion, une partie musicale et une pièce de théâtre, adaptées toutes deux à cet endroit bien particulier, un mur romain dans la descente d'escalier et une cave voûtée un peu plus tardive...
Animateur de l'Ensemble dramatique de Metz, il choisit de représenter "Il était une fois un bourreau", pièce peu connue du surréaliste René Laporte. Ce conte intemporel et sans âge s'accommoda fort bien des costumes Renaissance portés par les acteurs.
Pour la partie musicale qui devait débuter la soirée, Pierre-Frédéric pensa au nouveau groupe de musique du Moyen-Âge et de la Renaissance que j'avais créé l'année précédente, au sein de mon ensemble Les Instruments Anciens de Lorraine.
Cette formation regroupait quelques-uns de mes élèves, des amis, dont un Nancéien. Pour eux j'avais acquis des flûtes à bec, des cromornes, même des costumes ; le facteur d'orgues Haerpfer m'avait construit un instrument positif à tuyaux de 36 notes, sur un modèle ancien, et que je possède encore.....
Mes jeunes disciples étaient emplis d'enthousiasme devant le succès qu'ils remportaient grâce à leur talent. Quelques jours auparavant, ils avaient interprété le "Mystère de Saint-Fiacre" sur le parvis de la Cathédrale de Metz et dans la cour de l'Evêché de Meaux, avec le Madrigal d'Ile-de-France de Hélène Henriet et Jean-François Fabe, et la semaine suivante nous partions pour une tournée de quinze jours en Haute-Franconie.
Entre temps nous avons inauguré le Caveau des Trinitaires de Metz......
Par la suite, la rencontre de Pierre-Frédéric Klos et de Jean-Roger Caussimon a donné une autre direction à la programmation du Caveau et promu celui-ci à une notoriété internationale. La présence à Metz des "grands" de la chanson française intelligente a donné raison à celui qui fut lamentablement abandonné en 2003....... et en mourut peu de temps après.....
Mais soyons joyeux, la musique ancienne revient aujourd'hui au Caveau des Trinitaires avec le talentueux Concert Lorrain. Alleluia !
Parmi elles, un article du RL du jeudi 6 juillet 1972 m'a rappelé l'inauguration du Caveau des Trinitaires par son nouveau directeur, Pierre-Frédéric Klos, laquelle s'était déroulée la veille ou l'avant-veille.
Pierre-Frédéric avait prévu, pour l'occasion, une partie musicale et une pièce de théâtre, adaptées toutes deux à cet endroit bien particulier, un mur romain dans la descente d'escalier et une cave voûtée un peu plus tardive...
Animateur de l'Ensemble dramatique de Metz, il choisit de représenter "Il était une fois un bourreau", pièce peu connue du surréaliste René Laporte. Ce conte intemporel et sans âge s'accommoda fort bien des costumes Renaissance portés par les acteurs.
Pour la partie musicale qui devait débuter la soirée, Pierre-Frédéric pensa au nouveau groupe de musique du Moyen-Âge et de la Renaissance que j'avais créé l'année précédente, au sein de mon ensemble Les Instruments Anciens de Lorraine.
Cette formation regroupait quelques-uns de mes élèves, des amis, dont un Nancéien. Pour eux j'avais acquis des flûtes à bec, des cromornes, même des costumes ; le facteur d'orgues Haerpfer m'avait construit un instrument positif à tuyaux de 36 notes, sur un modèle ancien, et que je possède encore.....
Mes jeunes disciples étaient emplis d'enthousiasme devant le succès qu'ils remportaient grâce à leur talent. Quelques jours auparavant, ils avaient interprété le "Mystère de Saint-Fiacre" sur le parvis de la Cathédrale de Metz et dans la cour de l'Evêché de Meaux, avec le Madrigal d'Ile-de-France de Hélène Henriet et Jean-François Fabe, et la semaine suivante nous partions pour une tournée de quinze jours en Haute-Franconie.
Entre temps nous avons inauguré le Caveau des Trinitaires de Metz......
Par la suite, la rencontre de Pierre-Frédéric Klos et de Jean-Roger Caussimon a donné une autre direction à la programmation du Caveau et promu celui-ci à une notoriété internationale. La présence à Metz des "grands" de la chanson française intelligente a donné raison à celui qui fut lamentablement abandonné en 2003....... et en mourut peu de temps après.....
Mais soyons joyeux, la musique ancienne revient aujourd'hui au Caveau des Trinitaires avec le talentueux Concert Lorrain. Alleluia !
lundi 25 juillet 2011
La musique contemporaine à Metz.
Acanthes va probablement quitter Metz, si on en croit la presse locale. C'est dommage.....
Avez-vous remarqué que dans le domaine de la musique d'aujourd'hui, à Metz, les initiatives courageuses sont vouées, à brève échéance, à une rapide dissolution ?
Souvenez-vous de Connaissance de la musique contemporaine de Léon Oleggini dans les années 60, qui ne vécut, hélas, que peu de temps, malgré l'énergie volontaire de son fondateur, faute de soutien.
La palme de longévité revient indubitablement à Claude Lefebvre, dont les Rencontres internationales de Musique contemporaine de Metz, commencées en 1972, se terminèrent misérablement en 1992. C'est un record ! C'est surtout la preuve qu'à Metz, les mélomanes et d'autres curieux, s'intéressent à la création musicale.
Nombreux sont ceux qui ont mêlé leur tristesse à celle des fondateurs lorsque les édiles de la ville décidèrent, en plein succès international, de supprimer ce joyaux culturel, fierté de la ville de Metz.
Lorsque Claude Lefebvre a élaboré le programme des Premières Rencontres, il était seul avec son épouse Inge, pour penser aux problèmes de tous ordres liés à une organisation de cette importance.
Le voyant se débattre (seul je le répète) face à des situations matérielles absorbantes qui risquaient de le déstabiliser, et fort de mon expérience de responsable artistique des Nuits de Chévremont, je lui proposai mon aide dans l'organisation pratique des manifestations envisagées, concerts et conférences.
Il accepta avec reconnaissance et soulagement ; il put ainsi consacrer tout son temps au domaine scientifique et artistique du festival.
En présence de Boulez et de Stockhausen, ces Premières Rencontres remportèrent un succès indubitable, digne, alors, de celui de Royan, qui n'avait pas encore sombré.
L'année suivante, pour préparer les Secondes Rencontres, Claude Lefebvre me demanda de m'occuper à nouveau de la régie. Bien évidemment, j'acceptai...
A partir de la troisième année, et les suivantes, Claude ne me demanda rien...., ma présence était devenue normale, naturelle...., et jusqu'aux 20me Rencontres, mon nom figura au bas des programmes, suivie de la mention : régisseur général.
Je ne m'en suis jamais plaint, car à ce poste secondaire, j'ai pu accompagner les plus grands compositeurs de notre temps, dont certains sont devenus des amis, en participant, modestement, à la création de nombreux chefs-d'oeuvre.
J'espère que parmi la nouvelle génération un amateur de musique messin relèvera à son tour un défi de longévité en élaborant une fondation pouvant fournir aux habitants qui le souhaitent, la possibilité d'entendre en priorité, dans un art si ancien qu'est la musique, les nouvelles créations de nos jeunes et talentueux compositeurs.
En attendant, consolons-nous avec Ionesco : Seul l'éphémère dure.....
Avez-vous remarqué que dans le domaine de la musique d'aujourd'hui, à Metz, les initiatives courageuses sont vouées, à brève échéance, à une rapide dissolution ?
Souvenez-vous de Connaissance de la musique contemporaine de Léon Oleggini dans les années 60, qui ne vécut, hélas, que peu de temps, malgré l'énergie volontaire de son fondateur, faute de soutien.
La palme de longévité revient indubitablement à Claude Lefebvre, dont les Rencontres internationales de Musique contemporaine de Metz, commencées en 1972, se terminèrent misérablement en 1992. C'est un record ! C'est surtout la preuve qu'à Metz, les mélomanes et d'autres curieux, s'intéressent à la création musicale.
Nombreux sont ceux qui ont mêlé leur tristesse à celle des fondateurs lorsque les édiles de la ville décidèrent, en plein succès international, de supprimer ce joyaux culturel, fierté de la ville de Metz.
Lorsque Claude Lefebvre a élaboré le programme des Premières Rencontres, il était seul avec son épouse Inge, pour penser aux problèmes de tous ordres liés à une organisation de cette importance.
Le voyant se débattre (seul je le répète) face à des situations matérielles absorbantes qui risquaient de le déstabiliser, et fort de mon expérience de responsable artistique des Nuits de Chévremont, je lui proposai mon aide dans l'organisation pratique des manifestations envisagées, concerts et conférences.
Il accepta avec reconnaissance et soulagement ; il put ainsi consacrer tout son temps au domaine scientifique et artistique du festival.
En présence de Boulez et de Stockhausen, ces Premières Rencontres remportèrent un succès indubitable, digne, alors, de celui de Royan, qui n'avait pas encore sombré.
L'année suivante, pour préparer les Secondes Rencontres, Claude Lefebvre me demanda de m'occuper à nouveau de la régie. Bien évidemment, j'acceptai...
A partir de la troisième année, et les suivantes, Claude ne me demanda rien...., ma présence était devenue normale, naturelle...., et jusqu'aux 20me Rencontres, mon nom figura au bas des programmes, suivie de la mention : régisseur général.
Je ne m'en suis jamais plaint, car à ce poste secondaire, j'ai pu accompagner les plus grands compositeurs de notre temps, dont certains sont devenus des amis, en participant, modestement, à la création de nombreux chefs-d'oeuvre.
J'espère que parmi la nouvelle génération un amateur de musique messin relèvera à son tour un défi de longévité en élaborant une fondation pouvant fournir aux habitants qui le souhaitent, la possibilité d'entendre en priorité, dans un art si ancien qu'est la musique, les nouvelles créations de nos jeunes et talentueux compositeurs.
En attendant, consolons-nous avec Ionesco : Seul l'éphémère dure.....
samedi 9 juillet 2011
Mes débuts à Radio-Nancy.
Ce matin, comme chaque jour, je fus réveillé par France Musique.
Mais aujourd'hui, un nouveau présentateur a proposé des chansons de variétés dont certains interprètes frôlaient la justesse au quart de ton. Et il nous a promis un programme semblable pendant quatre z'émissions....
J'ai alors pensé à ce début d'année 1945, lorsque, avec quelques amis, nous avons créé Radio-Nancy dans un studio de fortune, à l'aide de matériel américain.
Imaginatifs, Jacques Campain et Michel Guillet animaient des émissions nouvelles très variées, en compagnie de Marthe Hornus, Colette Navel, puis Paulette Sérault.
Chargé des émissions musicales, je fis appel à mes amis du Conservatoire, Monique Vincent, piano, Daniel Roux, flûte, Jacky Kessler, clarinette, Irène Maugué, soprano, pour ne citer qu'eux.....
Marcel Dautremer lui-même nous aida dans le choix des oeuvres. Amusé, notre directeur encouragea mes projets et son aide me fut précieuse, car je manquais d'expérience.
Sans vouloir me vanter, notre jeune enthousiasme nous permit de diffuser des concerts de musique de chambre assez remarquables, et ... en direct.... on n'enregistrait pas encore à ce moment....
Pour moi, cette aventure merveilleuse ne dura guère. Une loi nationalisant les radios privées, ceux d'entre nous qui étaient majeurs furent engagés comme fonctionnaires ; ce ne fut pas mon cas, j'avais 16 ans.... Je poursuivis néanmoins mes émissions pendant quelques années.
Ce jour-là, je me souviens avoir regretté de n'être pas plus âgé.... Aujourd'hui ce serait plutôt le contraire.......
Mais aujourd'hui, un nouveau présentateur a proposé des chansons de variétés dont certains interprètes frôlaient la justesse au quart de ton. Et il nous a promis un programme semblable pendant quatre z'émissions....
J'ai alors pensé à ce début d'année 1945, lorsque, avec quelques amis, nous avons créé Radio-Nancy dans un studio de fortune, à l'aide de matériel américain.
Imaginatifs, Jacques Campain et Michel Guillet animaient des émissions nouvelles très variées, en compagnie de Marthe Hornus, Colette Navel, puis Paulette Sérault.
Chargé des émissions musicales, je fis appel à mes amis du Conservatoire, Monique Vincent, piano, Daniel Roux, flûte, Jacky Kessler, clarinette, Irène Maugué, soprano, pour ne citer qu'eux.....
Marcel Dautremer lui-même nous aida dans le choix des oeuvres. Amusé, notre directeur encouragea mes projets et son aide me fut précieuse, car je manquais d'expérience.
Sans vouloir me vanter, notre jeune enthousiasme nous permit de diffuser des concerts de musique de chambre assez remarquables, et ... en direct.... on n'enregistrait pas encore à ce moment....
Pour moi, cette aventure merveilleuse ne dura guère. Une loi nationalisant les radios privées, ceux d'entre nous qui étaient majeurs furent engagés comme fonctionnaires ; ce ne fut pas mon cas, j'avais 16 ans.... Je poursuivis néanmoins mes émissions pendant quelques années.
Ce jour-là, je me souviens avoir regretté de n'être pas plus âgé.... Aujourd'hui ce serait plutôt le contraire.......
mardi 21 juin 2011
La musique adoucit les moeurs......
C'était au cours d'un concert de l'Orchestre du Conservatoire de Nancy, donné salle Poirel durant la saison 1948-49. J'étais au pupitre d'alto.
Marcel Dautremer, le directeur, avait prévu pour ce jour-la, une séance entièrement consacrée à Jean-Sébastien Bach.
La salle était comble, et le programme, fort alléchant, se terminait par la Toccata et fugue en ré mineur, oeuvre pour orgue, richement orchestrée par Léopold Stokowski. Cette pièce était très populaire en France, depuis la sortie, fin 1946, du film d'animation de Walt Disney, Fantasia.
Auparavant, on devait interpréter la Cantate du Café, pour laquelle Marcel Dautremer avait conçu une nouvelle orchestration, peut-être trop chargée, avec force cuivres, imitant ainsi celle de Stokowski. L'oeuvre n'était pas de la même envergure que la Toccata, l'instrumentation originelle de Bach étant très légère (une flûte, cordes et basse continue).
Une partie du public n'apprécia pas cette originalité et, après l'exécution, on entendit quelques sifflets mêlés aux applaudissements. Puis brusquement, une voix forte s'éleva de la salle :
"Nous sommes venus ici entendre du Bach, pas du Dautremer !"
L'homme qui proférait cette interpellation était debout à sa place au parterre, le visage cramoisi de colère.
Alors, le fougueux et jeune chef d'orchestre descendit de son pupitre, gagna les coulisses, puis, laissant sa veste d'habit entre les mains d'un appariteur, emprunta le déambulatoire. Il entra dans la salle, rejoignit le perturbateur imprudent, et le saisissant par derrière, une main au col l'autre à la ceinture, le sortit littéralement du parterre en le poussant énergiquement vers la sortie, jusque sur le trottoir de la rue Poirel !
Ensuite, apparemment calmé, Marcel Dautremer remonta sur son estrade après avoir remis sa veste, sous une salve d'applaudissements comme je n'en avais encore jamais entendus en ce lieu.
La Toccata qui suivit fut un triomphe... Il y eut même un bis...
J'ai ouï dire, car je n'étais plus présent, que les autres concerts de la saison eurent beaucoup de succès..... et qu'une place restait curieusement inoccupée.......au parterre.
Marcel Dautremer, le directeur, avait prévu pour ce jour-la, une séance entièrement consacrée à Jean-Sébastien Bach.
La salle était comble, et le programme, fort alléchant, se terminait par la Toccata et fugue en ré mineur, oeuvre pour orgue, richement orchestrée par Léopold Stokowski. Cette pièce était très populaire en France, depuis la sortie, fin 1946, du film d'animation de Walt Disney, Fantasia.
Auparavant, on devait interpréter la Cantate du Café, pour laquelle Marcel Dautremer avait conçu une nouvelle orchestration, peut-être trop chargée, avec force cuivres, imitant ainsi celle de Stokowski. L'oeuvre n'était pas de la même envergure que la Toccata, l'instrumentation originelle de Bach étant très légère (une flûte, cordes et basse continue).
Une partie du public n'apprécia pas cette originalité et, après l'exécution, on entendit quelques sifflets mêlés aux applaudissements. Puis brusquement, une voix forte s'éleva de la salle :
"Nous sommes venus ici entendre du Bach, pas du Dautremer !"
L'homme qui proférait cette interpellation était debout à sa place au parterre, le visage cramoisi de colère.
Alors, le fougueux et jeune chef d'orchestre descendit de son pupitre, gagna les coulisses, puis, laissant sa veste d'habit entre les mains d'un appariteur, emprunta le déambulatoire. Il entra dans la salle, rejoignit le perturbateur imprudent, et le saisissant par derrière, une main au col l'autre à la ceinture, le sortit littéralement du parterre en le poussant énergiquement vers la sortie, jusque sur le trottoir de la rue Poirel !
Ensuite, apparemment calmé, Marcel Dautremer remonta sur son estrade après avoir remis sa veste, sous une salve d'applaudissements comme je n'en avais encore jamais entendus en ce lieu.
La Toccata qui suivit fut un triomphe... Il y eut même un bis...
J'ai ouï dire, car je n'étais plus présent, que les autres concerts de la saison eurent beaucoup de succès..... et qu'une place restait curieusement inoccupée.......au parterre.
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