Hier matin, j'ai reçu un appel téléphonique de Lucille, petite-fille d'un couple que j'ai fort bien connu à Metz, au cours des années 50. Elle recherchait une chanson célébrant le joli mois de Mai.
Alors, je me suis souvenu que, lorsque j'étais enfant en vacances chez mes grands parents à Arry, le premier dimanche de mai, les jeunes filles du pays chantaient le Trimazo dans les rues du village, s'arrêtant à chaque maison pour y recevoir une obole.
Cette tradition, disparue aujourd'hui, était fort ancienne, et chaque village du pays messin possédait sa propre mélodie, sensiblement différente d'un lieu à l'autre. (Voir mon ouvrage "Les Mélodies populaires de la Lorraine", dans la collection La Tradition lorraine, aux Editions Mars-et-Mercure, 1980).
Une de ces plus anciennes célébrations, surtout la plus connue des Messins, se déroulait à Plappeville, à la source de la Bonne Fontaine, depuis 1603. A une centaine de mètres de la source, se trouvait une petite chapelle où, le 1r mai de chaque année, un prêtre venait dire la messe au cours de laquelle on chantait le Trimazo.
Il était d'usage d'en faire la convocation la nuit précédente, au son des trompes, dans tous les quartiers de Metz.
La chapelle fut détruite par les Croates en 1638, mais l'usage d'aller à la Bonne Fontaine le 1r mai se poursuivit longtemps encore.
Aujourd'hui on ne chante plus le Trimazo, mais on offre du muguet.
Ces deux traditions étant aussi anciennes l'une que l'autre, pourquoi pas..... mais je regrette néanmoins la vieille chanson...
Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.
Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.
Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.
Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.
Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.
Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.
Gilbert Rose
samedi 30 avril 2011
mercredi 27 avril 2011
Coup de théâtre....
Lors d'un précédent billet, j'avais promis de raconter d'autres avatars théâtraux dont j'avais été le témoin. Je me souviens d'une représentation à Nancy, en 1945-46, de l'opéra de Saint-Saens, Samson et Dalila.
Vous connaissez le sujet : Samson conduit l'armée des Israélites contre les Philistins. Il est pourvu d'un physique puissant et tire sa force herculéenne, paraît-il, de la longueur de sa chevelure. Nul ne peut le vaincre. Une Philistine, Dalila, le séduit et le pousse à dévoiler son secret.
Après une nuit d'amour, alors que Samson s'est endormi, elle lui coupe les cheveux, le privant ainsi de ses moyens de défense. Fait prisonnier par ses ennemis, il est condamné à tourner une meule après qu'on lui ait crevé les yeux.
Au second tableau du 3me acte, Samson est enchaîné entre deux énormes colonnes du temple de Dagon, pendant que les Philistins fêtent leur victoire par une bacchanale effrénée. Mais depuis que Samson a été fait prisonnier, ses cheveux ont repoussé. Aussi, dans un suprême effort, il tire à lui ses chaînes reliées aux piliers, lesquels s'effondrent avec fracas sur les Philistins, entraînant la ruine du temple et l'écrasement de tous les ennemis des Israélites.
Auparavant, Dalila vient défier le héros qu'elle a trahi, en s'appuyant nonchalamment à l'une des colonnes.
Je ne sais comment, aujourd'hui, on met en scène ce tableau. Ce jour-là, le réalisateur avait imaginé de construire les piliers avec d'énormes cylindres en polystirène superposés, au centre desquels on descendait une longue tige métallique destinée à consolider la structure, et qu'on retirait le moment venu.
J'ignore pourquoi l'une de ces tiges avait été enlevée trop tôt. Lorsque la frêle Dalila toucha cette colonne fragilisée, elle s'effondra tout naturellement devant l'air ahuri de la malheureuse diva.
Evidemment, il fallut baisser le rideau, réparer les dégâts avant de pouvoir admirer la fameuse bacchanale dansée par le corps de ballet de Andrée Conte.
Ensuite la fin de l'ouvrage se déroula comme prévu, sans autre anicroche.
Vous connaissez le sujet : Samson conduit l'armée des Israélites contre les Philistins. Il est pourvu d'un physique puissant et tire sa force herculéenne, paraît-il, de la longueur de sa chevelure. Nul ne peut le vaincre. Une Philistine, Dalila, le séduit et le pousse à dévoiler son secret.
Après une nuit d'amour, alors que Samson s'est endormi, elle lui coupe les cheveux, le privant ainsi de ses moyens de défense. Fait prisonnier par ses ennemis, il est condamné à tourner une meule après qu'on lui ait crevé les yeux.
Au second tableau du 3me acte, Samson est enchaîné entre deux énormes colonnes du temple de Dagon, pendant que les Philistins fêtent leur victoire par une bacchanale effrénée. Mais depuis que Samson a été fait prisonnier, ses cheveux ont repoussé. Aussi, dans un suprême effort, il tire à lui ses chaînes reliées aux piliers, lesquels s'effondrent avec fracas sur les Philistins, entraînant la ruine du temple et l'écrasement de tous les ennemis des Israélites.
Auparavant, Dalila vient défier le héros qu'elle a trahi, en s'appuyant nonchalamment à l'une des colonnes.
Je ne sais comment, aujourd'hui, on met en scène ce tableau. Ce jour-là, le réalisateur avait imaginé de construire les piliers avec d'énormes cylindres en polystirène superposés, au centre desquels on descendait une longue tige métallique destinée à consolider la structure, et qu'on retirait le moment venu.
J'ignore pourquoi l'une de ces tiges avait été enlevée trop tôt. Lorsque la frêle Dalila toucha cette colonne fragilisée, elle s'effondra tout naturellement devant l'air ahuri de la malheureuse diva.
Evidemment, il fallut baisser le rideau, réparer les dégâts avant de pouvoir admirer la fameuse bacchanale dansée par le corps de ballet de Andrée Conte.
Ensuite la fin de l'ouvrage se déroula comme prévu, sans autre anicroche.
mardi 12 avril 2011
On a oublié l'essentiel....
Le Centre de Recherche Universitaire Lorrain d'Histoire, a organisé un colloque concernant Pierre Messmer. Cette rencontre s'est déroulée à Metz la semaine dernière. Absent de la région, je n'ai pu y assister et j'en suis navré.
Je regrette particulièrement l'intitulé des débats : "Au croisement du militaire, du colonial et du politique", en oubliant le littéraire, l'humaniste, le double académicien (Académie des Sciences Morales et Politiques en 1988 et Académie Française en 1999), et bien sûr, le Chancelier de l'Institut de France.
Ce dernier titre surtout, le situe à un niveau intellectuel non pas "entre deux personnalités écrasantes, Jacques Chaban-Delmas et Jacques Chirac" (RL du 8 avril 2011), mais nettement au-dessus de ces deux hommes politiques, malgré tout le respect que j'ai pour eux.
L'universalité de Pierre Messmer, ne peut se comparer à des spécialistes politiques dont la philosophie est purement intuitive ou calculée.
Il était d'une autre envergure spirituelle, choisi par les membres des cinq Académies de l'Institut de France pour être leur représentant scientifique, face au monde entier de la connaissance et de la culture.
C'est dommage de ne pas avoir évoqué l'essentiel de la personnalité de Pierre Messmer, surtout à Metz.
M'honorant de son amitié, le Chancelier de l'Institut ne m'a jamais refusé sa présence physique lors des manifestations de l'Académie Nationale de Metz, durant les années de ma présidence.
Je pense que nous lui devons bien plus que cette simple précision.....
Je regrette particulièrement l'intitulé des débats : "Au croisement du militaire, du colonial et du politique", en oubliant le littéraire, l'humaniste, le double académicien (Académie des Sciences Morales et Politiques en 1988 et Académie Française en 1999), et bien sûr, le Chancelier de l'Institut de France.
Ce dernier titre surtout, le situe à un niveau intellectuel non pas "entre deux personnalités écrasantes, Jacques Chaban-Delmas et Jacques Chirac" (RL du 8 avril 2011), mais nettement au-dessus de ces deux hommes politiques, malgré tout le respect que j'ai pour eux.
L'universalité de Pierre Messmer, ne peut se comparer à des spécialistes politiques dont la philosophie est purement intuitive ou calculée.
Il était d'une autre envergure spirituelle, choisi par les membres des cinq Académies de l'Institut de France pour être leur représentant scientifique, face au monde entier de la connaissance et de la culture.
C'est dommage de ne pas avoir évoqué l'essentiel de la personnalité de Pierre Messmer, surtout à Metz.
M'honorant de son amitié, le Chancelier de l'Institut ne m'a jamais refusé sa présence physique lors des manifestations de l'Académie Nationale de Metz, durant les années de ma présidence.
Je pense que nous lui devons bien plus que cette simple précision.....
jeudi 31 mars 2011
Poisson d'avril....
C'est demain le 1r avril....Que de plaisanteries en perspective....
Grâce à l'une d'elles, la Lorraine resta un état indépendant plus longtemps que ne le souhaita Richelieu.
Nicolas-François de Lorraine, cardinal et évêque de Toul sans avoir été ordonné, frère du duc Charles IV, épousa sa cousine Claude, après s'être lui-même accordé une dispense.... Ainsi il empêcha Richelieu de donner à cette princesse, fille du duc Henri II, un époux français qui, au nom de sa femme, eût revendiqué la Lorraine.
Il n'y avait pas de temps à perdre. Le mariage fut décidé, célébré et consommé en une seule journée, le 8 mars 1634. Le Pape, consulté, avait donné son accord.
En apprenant la nouvelle, le maréchal de La Force, furieux d'avoir été dupé, fit arrêter les nouveaux époux et les enferma dans Nancy, occupée par les Français.
Claude et Nicolas-François parvinrent à s'évader le 1r avril au soir, déguisés en paysans. Au détour d'une ruelle, une villageoise les reconnut malgré leur déguisement, et s'empressa d'alerter les soldats de la garde.
Ceux-ci rirent à gorge déployée, croyant qu'on voulait leur faire un poisson d'avril. Plus la paysanne jurait qu'elle disait la vérité, moins on la prenait au sérieux.
Lorsqu'on s'aperçut de la réalité de l'évasion, les fugitifs étaient loin.....
J'ai moi-même participé à une galéjade du 1r avril, à l'époque durant laquelle sévissait la maladie de la vache folle. J'ai téléphoné à une amie directrice de musée, de la part des ministres de la Culture et de la Santé, lui demandant de bien vouloir retirer au plus vite des cimaises, toutes les toiles représentant des bovins, et de les enfermer dans la réserve, par prudence sanitaire.
Elle resta un moment silencieuse, se demandant sans doute si, en haut lieu, on n'était pas tombé sur la tête....
Elle a fini par reconnaître le timbre de ma voix,..... et eut l'indulgence d'en rire....
Grâce à l'une d'elles, la Lorraine resta un état indépendant plus longtemps que ne le souhaita Richelieu.
Nicolas-François de Lorraine, cardinal et évêque de Toul sans avoir été ordonné, frère du duc Charles IV, épousa sa cousine Claude, après s'être lui-même accordé une dispense.... Ainsi il empêcha Richelieu de donner à cette princesse, fille du duc Henri II, un époux français qui, au nom de sa femme, eût revendiqué la Lorraine.
Il n'y avait pas de temps à perdre. Le mariage fut décidé, célébré et consommé en une seule journée, le 8 mars 1634. Le Pape, consulté, avait donné son accord.
En apprenant la nouvelle, le maréchal de La Force, furieux d'avoir été dupé, fit arrêter les nouveaux époux et les enferma dans Nancy, occupée par les Français.
Claude et Nicolas-François parvinrent à s'évader le 1r avril au soir, déguisés en paysans. Au détour d'une ruelle, une villageoise les reconnut malgré leur déguisement, et s'empressa d'alerter les soldats de la garde.
Ceux-ci rirent à gorge déployée, croyant qu'on voulait leur faire un poisson d'avril. Plus la paysanne jurait qu'elle disait la vérité, moins on la prenait au sérieux.
Lorsqu'on s'aperçut de la réalité de l'évasion, les fugitifs étaient loin.....
J'ai moi-même participé à une galéjade du 1r avril, à l'époque durant laquelle sévissait la maladie de la vache folle. J'ai téléphoné à une amie directrice de musée, de la part des ministres de la Culture et de la Santé, lui demandant de bien vouloir retirer au plus vite des cimaises, toutes les toiles représentant des bovins, et de les enfermer dans la réserve, par prudence sanitaire.
Elle resta un moment silencieuse, se demandant sans doute si, en haut lieu, on n'était pas tombé sur la tête....
Elle a fini par reconnaître le timbre de ma voix,..... et eut l'indulgence d'en rire....
mercredi 23 mars 2011
Comme Charpentier....
Le mois dernier, le Théâtre de Metz représentait "Lundi, monsieur vous serez riche", comédie musicale de Antoine Duhamel, oeuvre peu jouée, créée à Strasbourg en 1968.
Je n'ai pu assister à ce spectacle, mais la musique de Antoine Duhamel m'est familière, entendue dans de nombreux films de Lecomte, Godard, Truffaut, Tavernier et d'autres (plus de 60 films).
Elle cadre parfaitement aux différents synopsis, mais écoutée sans la projection des images, elle paraît insipide, monotone, dans une tonalité unique et persistante, sans aucune modulation originale.
Comme il a été plusieurs fois récompensé pour l'intégralité de son oeuvre consacré à un écran, grand ou petit, j'ai souhaité connaître davantage Antoine Duhamel.
J'ai alors découvert, au travers d'oeuvres non cinématographiques, un compositeur d'une grande inventivité et d'une richesse harmonique étonnante. Il écrit une musique savante moderne digne de son maître René Leibowitz, et demeure aussi discret que lui.
Quel dommage qu'il ait consacré tout son temps au cinéma et que la part la plus passionnante de ses créations ne soit pas suffisamment connue.
Il faut entendre "Le Tombeau de Philippe d'Orléans" pour cordes, "Le Jardin de Daubigny" pour instruments à vent, "Les Travaux d'Hercule" pour récitant, vents et percussion.
Il faut écouter ses mélodies sur des textes de Michaux, ses concerti pour violon, alto, contrebasse et même vibraphone.
Je ne puis oublier de citer "Gala de Cirque", comédie-ballet et la "Suite symphonique pour Intonation".
Antoine Duhamel est donc venu à Metz, écouter la reprise de son opéra, et a semblé satisfait, voire enchanté.
Gustave Charpentier, l'auteur de "Louise", se déplaçait, lui aussi, dans l'Europe entière, partout où se jouait son roman musical, comme il désignait cette oeuvre lyrique. L'ouvrage avait un tel succès, que Charpentier n'ayant plus le temps de rentrer chez lui entre deux voyages, dormait le plus souvent à l'Hôtel d'Orsay, proche de la gare.
Hélas, cela ne peut arriver à Antoine Duhamel..... Dommage.....
Je n'ai pu assister à ce spectacle, mais la musique de Antoine Duhamel m'est familière, entendue dans de nombreux films de Lecomte, Godard, Truffaut, Tavernier et d'autres (plus de 60 films).
Elle cadre parfaitement aux différents synopsis, mais écoutée sans la projection des images, elle paraît insipide, monotone, dans une tonalité unique et persistante, sans aucune modulation originale.
Comme il a été plusieurs fois récompensé pour l'intégralité de son oeuvre consacré à un écran, grand ou petit, j'ai souhaité connaître davantage Antoine Duhamel.
J'ai alors découvert, au travers d'oeuvres non cinématographiques, un compositeur d'une grande inventivité et d'une richesse harmonique étonnante. Il écrit une musique savante moderne digne de son maître René Leibowitz, et demeure aussi discret que lui.
Quel dommage qu'il ait consacré tout son temps au cinéma et que la part la plus passionnante de ses créations ne soit pas suffisamment connue.
Il faut entendre "Le Tombeau de Philippe d'Orléans" pour cordes, "Le Jardin de Daubigny" pour instruments à vent, "Les Travaux d'Hercule" pour récitant, vents et percussion.
Il faut écouter ses mélodies sur des textes de Michaux, ses concerti pour violon, alto, contrebasse et même vibraphone.
Je ne puis oublier de citer "Gala de Cirque", comédie-ballet et la "Suite symphonique pour Intonation".
Antoine Duhamel est donc venu à Metz, écouter la reprise de son opéra, et a semblé satisfait, voire enchanté.
Gustave Charpentier, l'auteur de "Louise", se déplaçait, lui aussi, dans l'Europe entière, partout où se jouait son roman musical, comme il désignait cette oeuvre lyrique. L'ouvrage avait un tel succès, que Charpentier n'ayant plus le temps de rentrer chez lui entre deux voyages, dormait le plus souvent à l'Hôtel d'Orsay, proche de la gare.
Hélas, cela ne peut arriver à Antoine Duhamel..... Dommage.....
mardi 15 mars 2011
La vocation... fortuite
Dans ses Mémoires protéiformes" (inédits), Marcel Mercier évoque un vieux piano dans le restaurant de son père, à Metz, sur lequel il s'amusait souvent, étant jeune enfant, et qui serait à l'origine de sa vocation.
Mon propre père, également restaurateur, mais à Nancy, a acheté, un jour, un violon dans une salle des ventes où il était entré par hasard.
"Pourquoi cette acquisition ?" demanda ma mère -- je devais avoir 3 ou 4 ans.
"Ce sera pour le petit .... plus tard."
Il n'y a jamais eu un seul musicien dans ma famille de vignerons à Arry depuis le XVIIIe siècle, si ce n'est un grand-père qui conduisit, clairon aux lèvres, une éphémère fanfare entre les deux guerres.
Lorsque j'atteignis l'âge requis pour commencer à apprendre la musique, ma mère s'adressa au professeur de cette discipline au Lycée Henri-Poincaré, Gaston Stoltz, lequel consentit à m'enseigner le violon, à condition que je sois inscrit à un cours de solfège au Conservatoire.
Le violon de la salle des ventes étant bien trop grand pour ma taille, il fallut en acheter un plus petit.
Comme Marcel Mercier, c'est ainsi que naquit ma vocation pour la musique, grâce au hasard.
Au bout d'un an, j'entrai dans la classe d'alto au Conservatoire, où Gaston Stoltz me conduisit à un 1r prix, après plusieurs années d'études.
"Et la percussion ?" demanderont ceux qui me connaissent...
C'est une autre histoire....pour un autre jour....
Mon propre père, également restaurateur, mais à Nancy, a acheté, un jour, un violon dans une salle des ventes où il était entré par hasard.
"Pourquoi cette acquisition ?" demanda ma mère -- je devais avoir 3 ou 4 ans.
"Ce sera pour le petit .... plus tard."
Il n'y a jamais eu un seul musicien dans ma famille de vignerons à Arry depuis le XVIIIe siècle, si ce n'est un grand-père qui conduisit, clairon aux lèvres, une éphémère fanfare entre les deux guerres.
Lorsque j'atteignis l'âge requis pour commencer à apprendre la musique, ma mère s'adressa au professeur de cette discipline au Lycée Henri-Poincaré, Gaston Stoltz, lequel consentit à m'enseigner le violon, à condition que je sois inscrit à un cours de solfège au Conservatoire.
Le violon de la salle des ventes étant bien trop grand pour ma taille, il fallut en acheter un plus petit.
Comme Marcel Mercier, c'est ainsi que naquit ma vocation pour la musique, grâce au hasard.
Au bout d'un an, j'entrai dans la classe d'alto au Conservatoire, où Gaston Stoltz me conduisit à un 1r prix, après plusieurs années d'études.
"Et la percussion ?" demanderont ceux qui me connaissent...
C'est une autre histoire....pour un autre jour....
samedi 26 février 2011
La mirabelle de Lorraine.....
Le maire de Corny, Paul Goret, après avoir procédé à la reconstruction du village entièrement détruit au cours de la guerre de 1940-1944, pensa, en homme pratique et raisonnable, à redonner une vie intellectuelle à sa commune.
Il commença en 1953, par faire revivre l'Harmonie municipale "Union", fort glorieuse avant l'occupation.
Par le plus grand des hasards, c'est à moi qu'il confia cette mission.
Presque tous les habitants ayant un enfant en âge d'apprendre la musique, acceptèrent d'acquérir un instrument. Le seul qui s'y refusa, hérita d'un vieil hélicon tout cabossé, retrouvé dans les ruines d'une grange effondrée.
Cet honorable instrument ne s'entendait guère, le souffle du jeune et courageux néophyte, fuyant par les nombreux trous le long du tuyau, n'arrivait que très faiblement au pavillon.
Pour les autres musiciens débutants, je me souviens leur avoir apporté leurs instruments le 1r février 1954 au soir, après les avoir chargés chez Dauge-Musique, dans ma 2 CV toute neuve, réceptionnée le matin même.
Les jeunes instrumentistes firent de rapides progrès et bien vite furent en mesure de donner des concerts et de défiler en musique. Alors deux ou trois anciens "d'avant-guerre" vinrent les rejoindre.
Parmi eux, M. Tillière jouait du trombone à pistons, instrument rare qui ne se pratiquait plus, remplacé depuis longtemps par le trombone à coulisse. Il était fier de son "antiquité", M. Tillière et le montrait volontiers à tous ceux qu'attirait une telle curiosité.
Lors des défilés, les trombones occupaient le premier rang, et le chef de musique marchait à côté d'eux. J'étais donc constamment près de M. Tillière, lequel exhalait une forte odeur d'alcool de mirabelle chaque fois qu'il soufflait dans son embouchure.
Naïvement, je pensais que M. Tillière, le dimanche, usait et peut-être abusait de ce noble breuvage, fierté de notre région, bien qu'il marchât droit.
Un soir, après une répétition, M. Tillière, évoquant son passé de musicien dans l'ancienne harmonie de Corny, racontait comment il avait réussi à sauver son trombone tant aimé au cours de la déportation dont il fut victime. Il disait son attachement à ce vieil instrument qui lui procurait tant de plaisir, et comment il procédait pour le conserver en bon état.
"Chaque dimanche matin, je nettoie entièrement l'intérieur des tuyaux avec de la mirabelle !"
Contrairement à ma mauvaise pensée, M. Tillière n'abusait nullement de l'alcool, mais son trombone, pardon ! il était bien soigné...... et j'en profitais..... olfactivement... chaque dimanche!
Il commença en 1953, par faire revivre l'Harmonie municipale "Union", fort glorieuse avant l'occupation.
Par le plus grand des hasards, c'est à moi qu'il confia cette mission.
Presque tous les habitants ayant un enfant en âge d'apprendre la musique, acceptèrent d'acquérir un instrument. Le seul qui s'y refusa, hérita d'un vieil hélicon tout cabossé, retrouvé dans les ruines d'une grange effondrée.
Cet honorable instrument ne s'entendait guère, le souffle du jeune et courageux néophyte, fuyant par les nombreux trous le long du tuyau, n'arrivait que très faiblement au pavillon.
Pour les autres musiciens débutants, je me souviens leur avoir apporté leurs instruments le 1r février 1954 au soir, après les avoir chargés chez Dauge-Musique, dans ma 2 CV toute neuve, réceptionnée le matin même.
Les jeunes instrumentistes firent de rapides progrès et bien vite furent en mesure de donner des concerts et de défiler en musique. Alors deux ou trois anciens "d'avant-guerre" vinrent les rejoindre.
Parmi eux, M. Tillière jouait du trombone à pistons, instrument rare qui ne se pratiquait plus, remplacé depuis longtemps par le trombone à coulisse. Il était fier de son "antiquité", M. Tillière et le montrait volontiers à tous ceux qu'attirait une telle curiosité.
Lors des défilés, les trombones occupaient le premier rang, et le chef de musique marchait à côté d'eux. J'étais donc constamment près de M. Tillière, lequel exhalait une forte odeur d'alcool de mirabelle chaque fois qu'il soufflait dans son embouchure.
Naïvement, je pensais que M. Tillière, le dimanche, usait et peut-être abusait de ce noble breuvage, fierté de notre région, bien qu'il marchât droit.
Un soir, après une répétition, M. Tillière, évoquant son passé de musicien dans l'ancienne harmonie de Corny, racontait comment il avait réussi à sauver son trombone tant aimé au cours de la déportation dont il fut victime. Il disait son attachement à ce vieil instrument qui lui procurait tant de plaisir, et comment il procédait pour le conserver en bon état.
"Chaque dimanche matin, je nettoie entièrement l'intérieur des tuyaux avec de la mirabelle !"
Contrairement à ma mauvaise pensée, M. Tillière n'abusait nullement de l'alcool, mais son trombone, pardon ! il était bien soigné...... et j'en profitais..... olfactivement... chaque dimanche!
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