Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.

Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.

Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.

Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.

Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.

Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.

Gilbert Rose

mardi 21 juillet 2015

Je ne vous ai pas oubliés...

     Ah ! ... mes amis... que de temps passé depuis mon dernier billet... et que d'événements aussi...

     Certains dramatiques, d'autres moins... Il y eut des tragédies incompréhensibles contre lesquelles la révolte fut unanime, ainsi que des drames touchant moins de monde, se référant à la rubrique des faits divers.

     Je souhaite évoquer les nouvelles qui m'ont particulièrement touché, pour des raisons toutes personnelles. Tout d'abord l'inauguration à Paris, le 14 janvier, d'une nouvelle salle de concerts. On dit le plus grand bien de la Philharmonie 1, œuvre de Jean Nouvel. Elle vient s'ajouter à la Cité de la Musique existant depuis 1995, et du Conservatoire National Supérieur de musique de Paris, installé dans le même secteur depuis décembre 1990, le Parc de la Villette. Jadis, lorsqu'on entrait dans Paris par la Porte de Pantin, on longeait, au même endroit, les abattoirs de la Villette, avenue Jean-Jaurès, avant d'emprunter la longue rue Lafayette.

     Le 1r février, le pianiste Aldo Ciccolini est décédé. Je me souviens fort bien de son 1r Grand Prix au Concours Marguerite Long-Jacques Thibaud 1949. C'est notre camarade Nicole Fuhrmann, également pianiste, qui avait entraîné notre groupe à ce concours public, auquel participait également notre ami Pierre Barbizet, arrivé cinquième.

     Le 20 février, c'est Grégoire Krettly, plus connu sous le pseudonyme Gérard Calvi, qui disparut à son tour. Sa musique a beaucoup diverti notre groupe de jeunes étudiants-musiciens lorrains, à Paris dans les années 1949-50, alors que notre ami Pierre Henry, délaissant la percussion, commençait lui aussi une carrière de compositeur, devenant l'assistant de Pierre Schaeffert. C'était l'époque des Branquignols pour le premier et de la Symphonie pour un Homme seul du second. Ils adoptèrent des voies tout à fait différentes, que nous suivions avec intérêt, assistant aux prestations de l'un et de l'autre.

     Cela ne nous détournait pas de l'église Saint-Sulpice, où nous allions fidèlement le dimanche matin, écouter les époustouflantes improvisations de l'organiste  Marcel Dupré

     Du 9 au 12 avril, le Livre à Metz s'est installé sur la place de la République. Beaucoup d'auteurs, très peu d'écrivains locaux, franc succès.

     Puis, le 1r mai, Milan inaugurait l'Exposition Universelle. Inutile de rappeler que Metz accueillit cet événement en 1861, je l'ai déjà évoqué dans plusieurs ouvrages ou articles.

Enfin, le 21 mars, à l'occasion de la parution de l'ouvrage collectif Metz, de l'Allemagne à la France, Mémoire de la Grande-Guerre, l'Académie Nationale de Metz organisa un colloque au Centre Pompidou, au cours duquel les principaux auteurs développèrent, chacun dans son élément, les  événements essentiels qui se déroulèrent à Metz durant la guerre de 1914-18.

     Evidemment, dans ce livre, on parle également de la vie musicale à Metz, pendant quatre longues années. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, elle fut multiple, brillante, quelquefois inattendue, mais certainement fort intéressante.

     A bientôt...

    

mercredi 11 février 2015

Bienheureuse grève ...

     Les grèves n'ont jamais satisfait les usagers des transports publics ; ceux-ci n'ont pas tort de blâmer les travailleurs qui se trompent de cible.

     Par contre, il est une grève, ce matin, qui m'a rendu heureux, presque euphorique, celle de Radio-France. Enfin, sur France-Musique, on n'a pu entendre ... que de la musique !

     Pas de propos oiseux prononcés par une présentatrice à l'accent étranger, dont les paroles ne sont pas toujours audibles. Cette personne est à l'antenne depuis quelques mois, et dès le premier jour, elle a commis l'erreur classique en prononçant le nom du compositeur Dvorak.

     La bonne surprise de ce matin, c'est qu'il n'y avait ni variétés, ni chansonnettes à l'harmonie tristounette, comme les autres jours. Que de la musique, vous dis-je...

     J'ai bien failli ne pas me lever tant j'étais comblé et détendu, enfin, en compagnie de France-Musique.

     À quand la prochaine grève ?

samedi 31 janvier 2015

Le Madrigal d'Ile-de-France

     Il fut un temps, à Metz, durant lequel les artistes lyriques et les musiciens de l'orchestre du théâtre municipal, se retrouvaient le samedi soir vers minuit, après le spectacle, dans un café-restaurant de la rue du Faisan.

     C'était toujours très cordial, car les artistes sur scène et les musiciens dans la fosse, participant tous à la réussite d'un opéra ou d'une opérette, se rencontraient rarement à l'intérieur du théâtre, chacun ayant son emplacement bien défini.

     C'est ainsi que je rencontrai un couple d'artistes lyriques sympathique et talentueux. Hélène Henriet, mezzo-soprano et Jean-François Fabe, baryton-basse, étaient des habitués des distributions lyriques à Metz.

     Nous avions un point commun, et c'est ce qui nous rapprocha d'abord : notre profession, que nous aimions intensément, ne suffisait pas à nos aspirations artistiques ; il nous en fallait davantage, surtout dans la pratique de la musique ancienne.

     Ce que j'avais fait en concevant Les Instruments anciens de Lorraine, ils l'ont réalisé en créant Le Madrigal d'Ile-de-France, ensemble vocal à quatre voix ou davantage.

     Il nous a fallu peu de temps pour comprendre qu'une collaboration entre nos deux ensembles serait des plus enrichissante pour les chanteurs et les musiciens. Et c'est ainsi que débuta une période intense au cours de laquelle, en plus de nos concerts respectifs, il nous arriva de nous produire ensemble de plus en plus souvent.

     Au cours de nos prestations, nous étions tous en costumes d'époque, musiciens et chanteurs, et nous soumettions à une mise en scène adaptée aux lieux où nous nous produisions. Nous avions musicalement trois périodes de prédilection, Moyen-Âge, Renaissance et XVIIe siècle, et les costumes qui correspondaient à ces époques.

     Je reviendrai prochainement sur ces années 1970-80, et les concerts de musique ancienne, après avoir exploré le fond de ma mémoire quelquefois défaillante.

mercredi 29 octobre 2014

Coucou, me revoilà...

     Depuis quelque temps je n'ai plus écrit dans ce blog... Certains ont pu penser que je n'avais plus d'idées ou que j'avais oublié mes souvenirs...

     D'autres, que tout simplement, j'avais quitté ce monde... Chers amis, croyez bien que je n'aurais pu partir sans vous en avertir.

     En vérité j'ai eu beaucoup à faire... Écrire un livre est déjà besogne laborieuse, mais le corriger est vraiment insupportable.

     Après une première lecture du texte imprimé envoyé par l'éditeur, on croit avoir expurgé toutes les erreurs. Par conscience, on relit une seconde fois et, oh surprise, on retrouve  des fautes qui vous avaient échappées ! C'est à n'y pas comprendre !

     À ce moment, ébranlé, vous hésitez à entreprendre une troisième lecture. À peine avez-vous commencé, -- ce n'est pas possible ! -- vous tombez sur des erreurs pernicieuses...

     Et tout cet exercice prend du temps ! Dame, 365 pages ne se lisent pas en cinq minutes...

     Voilà pourquoi, durant cet été, alors que j'avais promis de rappeler le souvenir de mes amis de jeunesse, je n'ai laissé sur mon blog que du vide... Je me rattraperai.

     En attendant, je vous propose, si vous faîtes l'acquisition de mon dernier ouvrage Metz et la musique de la Révolution au siège de 1870, paru aux Éditions des Paraiges, de chercher s'il ne reste pas quelque faute cachée au tournant d'une page... Prévenez-moi si c'est le cas, bien qu'il soit un peu tard ! Merci d'avance et à bientôt.file:///Users/Gilbert/Desktop/img023.jpg

samedi 23 août 2014

Le vin clairet de Moselle...

     Mon père est né au village d'Arry et, avant lui, toute mon ascendance.

     Enfant, j'allais passer mes vacances chez mes grands parents dans cette petite localité située sur un coteau dominant la vallée de la Moselle. Ma grand mère Marie tenait le café-épicerie du lieu, aidée par un de ses fils resté célibataire. Quant à mon grand père Émile, vigneron depuis plusieurs générations, je me souviens encore l'avoir vu fouler le raisin, pieds nus, dans une énorme cuve en bois.

     A Arry était cultivée une vigne très ancienne qui produisait un vin clairet renommé à des lieues à la ronde durant les XVIIIe et XIXe siècles. D'ailleurs, la récolte de 1899 fut récompensée lors de l'Exposition Universelle de Paris en 1900, ainsi que celle du village de Sainte-Ruffine. Par la suite, il fut connu sous le nom de vin gris d'Arry.

     Puis, la terrible maladie du phylloxera anéantit les vignes de mon village, comme celles des coteaux de part et d'autre de la Moselle.

     Je me souviens encore qu'un de mes oncles, avant 1940, cultivait une parcelle qui avait échappé à l'effrayante maladie, et des mémorables dégustations de ce vin gris réservées à la famille et à quelques amis, d'une récolte parcimonieuse et délectable que mon trop jeune âge ne me permettait pas d'apprécier. Quel regret...

     Aujourd'hui il n'y a plus aucun vigneron à Arry...

     Pourtant, après une longue disparition de la culture de la vigne sur ces coteaux, de jeunes et courageux viticulteurs ont entrepris la plantation de nouveaux ceps et d'anciens crus, sur les deux côtés de la Moselle. Je les ai suivis dans leurs travaux, j'ai observé leur réussite et j'ai surtout goûté et apprécié leur vin.

     Il en est un que j'avais ignoré jusqu'à maintenant, je ne sais pourquoi, juste en face de mon village d'Arry, de l'autre côté de la rivière. Depuis quelques jours j'ai corrigé cet oubli et je vous assure que je ne regrette pas ma visite à ces chais jusqu'ici inconnus, et que je vous recommande.

     A votre santé !