Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.

Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.

Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.

Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.

Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.

Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.

Gilbert Rose

dimanche 15 janvier 2012

Le Maître d'école...

     Cette semaine, avec de nombreux amis, j'ai eu la grande peine d'assister aux obsèques d'un compagnon académicien, André Michel.

     Notre président prononça des propos émouvants, évoquant la longue vie, les nombreuses actions et les belles qualités du confrère regretté ; le docteur Jouffroy rappela que notre ami disparu avait débuté sa vie active en qualité d'enseignant en école primaire.

     J'ai alors pensé à un autre instituteur ayant appartenu également à notre compagnie, parti depuis bientôt dix ans, et pour lequel André Michel avait prononcé l'éloge, édité dans nos Mémoires de 2002.

     Il s'agit de Jean Morette, jamais oublié, qui aimait à dire qu'il était maître d'école, titre auquel il tenait beaucoup. Et comme un authentique maître d'école d'antan, savait se pencher avec gentillesse et attachement vers les enfants qu'il éduquait, devinant ce qu'ils espéraient sans oser le dire, ce qu'ils demandaient en silence. Pour eux il a inventé mille accessoires pédagogiques grâce auxquels, émerveillés, ses jeunes disciples découvraient les mystères du langage, des sciences ou des arts, mieux qu'avec les plus savants manuels scolaires.

     Il voulait, je le cite, leur donner des leçons de droiture, de courage et de patriotisme. Surtout, il leur a ouvert l'esprit sur toutes les Choses de la Nature.

     Jean Morette était aussi un conteur et un artiste exceptionnels ; ses dessins sont et resteront inimitables. Il leur a consacré les plus précieuses minutes de sa vie. Durant les heures les plus graves, les plus douloureuses, au milieu d'une détresse infinie, il n'a cessé de dessiner, sur n'importe quel support, pourvu que le crayon y marque ce que ses yeux découvraient, ce que son âme contemplait. C'était durant sa captivité de 1940 à 1942.

     Sa collaboration au Républicain Lorrain avec Victor Demange d'abord puis Marguerite Puhl-Demange, aura permis à tous les enfants des lecteurs, même ceux qui ne furent pas ses élèves, de découvrir l'histoire de la Lorraine tout en s'amusant.

     La revue Le Pays de l'Orne a évoqué Jean Morette dans son numéro de novembre dernier, et L'Espace Education, Art et Culture de Moselle, organise la semaine prochaine, une exposition de ses oeuvres, l'associant à Albert Thiam.

     Mercredi 18, une conférence est organisée par le CDDP de Moselle sur ces deux artistes. J'ai voulu m'y inscrire, malheureusement il n'y a plus de place disponible.

     Dommage.... je resterai chez moi en pensant aux heureux moments partagés avec mes chers confrères André Michel et Jean Morette, mon ami....

lundi 12 décembre 2011

Le nu et le lyrique....

     Il arrive que -- dans certains rôles -- les artistes lyriques doivent se dénuder en scène. Dans Thaïs de Massenet, par exemple, au 2d acte la courtisane montre sa poitrine au moine Athanaël pour le provoquer.

     Toujours au 2d acte, mais dans La belle Hélène d'Offenbach, la reine tombe dans les bras de Pâris en laissant glisser son seul vêtement...

     Dans Salomé de Richard Strauss, la danse des Sept Voiles permet à l'héroïne de terminer son ballet.... sans aucun voile...

     Dans certaines chorégraphies du Canadien Harold Rhéaume, on voit des hommes entièrement dévêtus, alors que Maguy Marin déshabille toute sa troupe dans une de ses créations.

     L'extrême audace en ce domaine a été atteinte à Bayreuth il y a quelques années dans l'oeuvre de Wagner, Tannhauser. Au 1r acte, dans la scène du Venusberg, on a vu un homme entièrement nu, exposant une superbe érection, traverser lentement et fièrement le plateau, de la cour au jardin, au milieu de la bacchanale effrénée dédiée à la déesse Vénus.

     Le public a assez passivement accepté cette provocation du metteur en scène, sauf une vieille dame, ayant amené sa petite-fille de 13 ans à une représentation, et qui ne savait que répondre aux questions de la gamine intriguée.

     La première prima donna qui osa entrer en scène les seins nus, fut Mlle Guerin, à Paris, en 1827....

     Vous me croirez si vous le voulez, elle a été sifflée !

     Quelle goujaterie.......

dimanche 27 novembre 2011

Choeur de chiens.....

     J'ai promis de raconter certaines mésaventures non souhaitées, se produisant inopinément lors de représentations lyriques. Je n'ai pas vécu celle-ci, je l'ai lue dans un journal autrichien de l'époque.

     En décembre 1875, Richard Wagner fit représenter son Tannhaüser à l'Opéra impérial de Vienne.

     Au cours du second tableau de l'oeuvre, de retour du Venusberg, Tannhaüser, traversant la forêt du Wartburg, y rencontre le Landgraf Herman et ses chevaliers Wolfram, Walther et leur suite. Ceux-ci, revenant de la chasse, entraient en scène à cheval, suivis d'une nombreuse meute de chiens.

     En mettant pied-à-terre, l'un d'eux eut la maladresse de poser le pied sur la patte d'un des molosses, lequel écoutait pacifiquement la musique du maître.

     Hurlant de douleur, la pauvre bête fut immédiatement imitée par ses congénères et ce fut un concert de hurlements et aboiements furibonds qui ne s'acheva qu'après de très longues minutes, sous les éclats de rire du public.

     J'ignore comment on parvint à faire taire la meute, mais à la représentation suivante, elle avait mystérieusement disparue....

     Aujourd'hui, on supprime également les chevaux,... sans doute de peur qu'ils hennissent....

lundi 21 novembre 2011

L'égalité des sexes en musique.

     Périodiquement, dans la presse, il est question de la regrettable inégalité de salaire entre femmes et hommes. C'était le cas ce matin dans mon quotidien.

     Dans ma profession de musicien, ce problème n'a jamais existé...

     Lorsqu'un poste se libère dans un orchestre ou un conservatoire, un concours est ouvert, au cours duquel les lauréats interprètent sur leur instrument et derrière un paravent, les morceaux de musique imposés.

     Le meilleur instrumentiste est admis par le jury, quelque soit son sexe. Comme le montant du traitement est indiqué au préalable sur l'avis de concours, il est automatiquement appliqué au lauréat reçu, homme ou femme.

     Aujourd'hui, dans les orchestres, l'équilibre des genres existe dans tous les pupitres. Mais je me souviens qu'à mon arrivée à Metz en 1950, il n'y avait que trois femmes à l'Orchestre du Conservatoire, alors qu'à l'orchestre de la Radio de Sarrebruck, il n'y en avait aucune, même pas à la harpe.

     Par contre, à mes débuts à Nancy, il existait déjà une certaine parité parmi les cordes. Un peu plus tard, dans ce même orchestre, tous les violonistes était des femmes,.... sauf Lionel.

     Je tiens à vous rassurer, il ne gagnait pas moins que ses partenaires féminines.....

lundi 14 novembre 2011

Encore une histoire de cloches

     Hier soir, sur Arte, j'ai écouté et admiré un remarquable harpiste. J'ai bien dit "un". On est habitué à ne voir derrière cet instrument éolien, que de "jeunes personnes", comme on disait jadis pour désigner des demoiselles. Si bien qu'aujourd'hui, entendre un homme s'exprimer sur une harpe nous semble extravagant.

    Il se nomme Xavier de Maistre, est soliste au Philharmonique de Vienne, et joue divinement de son instrument.

     Comme pour la profession des secrétaires, la gent féminine a investi celle des harpistes, alors que pour l'un et l'autre de ces états, au XIXe siècle, il n'y avait que des hommes.

     L'un de ces harpistes du siècle avant-dernier, fort célèbre dans toute l'Europe, avait pris l'habitude de se produire à Metz entre 1849 et 1861. Il obtenait toujours un grand succès, surtout lorsqu'il jouait son oeuvre très populaire "La danse des Sylphes". Il s'agit de Félix Godefroy (1818-1897), également compositeur et de nationalité belge.

     Moderne, il jouait sur une harpe chromatique.

     Le 22 février 1856, dans le grand salon de l'Hôtel de Ville de Metz, tandis qu'il interprétait sa pièce orientale "Le réveil des Fées", l'horloge de la ville se fit entendre. D'habitude on stoppait le mécanisme lorsqu'il y avait concert...

     Par un hasard extraordinaire, la cloche municipale était dans la tonalité du morceau. Godefroy alors, très habilement, adapta son tempo à celui de l'accompagnement inattendu.

     Malheureusement, une modulation obligea le virtuose à interrompre son jeu pendant un court instant, pour éviter des frottements harmoniques trop cacophoniques. Tout cela au milieu des sourires de l'assistance.

     Godefroy donna un second concert le 27 février, mais sans le carillon..... Dommage.....

lundi 31 octobre 2011

La mémoire revenue....

     Depuis quelques semaines je n'évoque plus mes souvenirs. Peut-être pensez-vous que je n'en ai plus.... que je les ai définitivement oubliés....

     Non, le temps me manque , tout simplement.

     Plus les ans passent, plus je suis sollicité pour effectuer des travaux de recherches liés à mon état de musicologue, de crainte sans doute, que je m'en aille avant d'avoir vidé mon sac mnémonique ou ma boite à Pandore (sans l'Espérance). Et je n'ai plus le temps de me remémorer mes jeunes années.....

     Pourtant, depuis un mois, des événements ont fait émerger dans ma mémoire figée, des amis de naguère, oubliés, des actes éphémères sortis de mon esprit depuis longtemps. Je me suis aperçu récemment que des noms perdus pouvaient resurgir brusquement, en un instant aussi fugace qu'inattendu.

     Ainsi, à l'Académie Nationale de Metz, mon confrère Ferdinand Stoll a prononcé récemment une communication sur le Théâtre du Peuple de Bussang. Pendant qu'il parlait, des images défilaient dans ma tête et lorsqu'il évoqua la fosse d'orchestre que Maurice Pottecher avait fait construire vers 1929, il y eut un déclic dans ma mémoire.

     C'est durant l'été de 1948, chaque dimanche, qu'avec quelques amis de la classe de musique de chambre du conservatoire de Nancy, nous fûmes engagés au Théâtre du Peuple pour interpréter des quatuors entre les actes et les tableaux de la pièce de Maurice Pottecher, jouée et mise en scène par Pierre Richard-Wilm, avec Edwige Feuillère.

     J'ai retrouvé le nom de cette comédie :"Mélusine et son mystère". Nous intervenions souvent, car cette pièce est écrite en 3 actes et 10 tableaux. Plusieurs amis de la classe de diction jouaient également sur scène, André Weber, Yvon Prévot et surtout Jacques Maginot, lequel fera partie de la troupe pendant plusieurs décennies.

     Je me souviens de mon émoi en rencontrant Pierre Richard-Wilm, héros du film Le Comte de Monte-Christo, qui avait tant bouleversé mon enfance. Mon émoi se transforma en admiration lorsque je l'entendis jouer au piano : c'était tout simplement sublime. Quel artiste ! oublié lui aussi...

     Merci, Monsieur Ferdinand Stoll d'avoir ainsi ravivé des souvenirs perdus !

mardi 13 septembre 2011

Ce qui se passa à Metz ce jour-là....

     Plusieurs journaux, dont le Républicain Lorrain, ont demandé à certains de leurs lecteurs, ce qu'ils faisaient le 11 septembre 2001, au moment du lâche assassinat de New-York.

     On ne m'a rien demandé, mais je vais néanmoins le dire.....

     L'après-midi du mardi 11 septembre, je suis allé à l'Arsenal pour saluer Emmanuel Krivine, que je n'avais plus rencontré depuis quelques années. L'ancien directeur de la Philharmonie de Lorraine dirigeait ce soir-là, l' Orchestre Français des Jeunes, avec en soliste, Jean-Yves Thibaudet. Ne pouvant m'y rendre, je suis allé assister à la répétition.

     A la pause, je me suis approché du chef d'orchestre, lequel, en m'apercevant, s'exclama avant même de me saluer : "Ah! Monsieur Rose ! Vous connaissez les Twin Towers ? Et bien elles n'existent plus ! Elles ont été anéanties !...." Il était bouleversé.... Je n'avais jamais vu Emmanuel Krivine ému à ce point....

     Il avait appris l'événement à la radio, dans sa voiture, en se rendant à l'Arsenal. C'est lui qui m'a révélé l'horrible nouvelle que je ne connaissais pas encore....

     J'ai su que le concert du soir fut remarquable, avec la Symphonie fantastique et le concerto de Ravel.

     Cela n'a rien à voir avec ce drame, mais savez-vous que l'avant-veille, dimanche 9 septembre, le célèbre mezzo-soprano Karine Deshayes a remporté au Théâtre de Metz, le 1r Prix du Tournoi international des Voix d'Or, prélude à la brillante carrière qu'elle effectue aujourd'hui, dont l'apogée fut la Victoire de la Musique classique 2011 ?