Ce matin, j'ai retrouvé une grande enveloppe emplie d'anciennes coupures de presse.
Parmi elles, un article du RL du jeudi 6 juillet 1972 m'a rappelé l'inauguration du Caveau des Trinitaires par son nouveau directeur, Pierre-Frédéric Klos, laquelle s'était déroulée la veille ou l'avant-veille.
Pierre-Frédéric avait prévu, pour l'occasion, une partie musicale et une pièce de théâtre, adaptées toutes deux à cet endroit bien particulier, un mur romain dans la descente d'escalier et une cave voûtée un peu plus tardive...
Animateur de l'Ensemble dramatique de Metz, il choisit de représenter "Il était une fois un bourreau", pièce peu connue du surréaliste René Laporte. Ce conte intemporel et sans âge s'accommoda fort bien des costumes Renaissance portés par les acteurs.
Pour la partie musicale qui devait débuter la soirée, Pierre-Frédéric pensa au nouveau groupe de musique du Moyen-Âge et de la Renaissance que j'avais créé l'année précédente, au sein de mon ensemble Les Instruments Anciens de Lorraine.
Cette formation regroupait quelques-uns de mes élèves, des amis, dont un Nancéien. Pour eux j'avais acquis des flûtes à bec, des cromornes, même des costumes ; le facteur d'orgues Haerpfer m'avait construit un instrument positif à tuyaux de 36 notes, sur un modèle ancien, et que je possède encore.....
Mes jeunes disciples étaient emplis d'enthousiasme devant le succès qu'ils remportaient grâce à leur talent. Quelques jours auparavant, ils avaient interprété le "Mystère de Saint-Fiacre" sur le parvis de la Cathédrale de Metz et dans la cour de l'Evêché de Meaux, avec le Madrigal d'Ile-de-France de Hélène Henriet et Jean-François Fabe, et la semaine suivante nous partions pour une tournée de quinze jours en Haute-Franconie.
Entre temps nous avons inauguré le Caveau des Trinitaires de Metz......
Par la suite, la rencontre de Pierre-Frédéric Klos et de Jean-Roger Caussimon a donné une autre direction à la programmation du Caveau et promu celui-ci à une notoriété internationale. La présence à Metz des "grands" de la chanson française intelligente a donné raison à celui qui fut lamentablement abandonné en 2003....... et en mourut peu de temps après.....
Mais soyons joyeux, la musique ancienne revient aujourd'hui au Caveau des Trinitaires avec le talentueux Concert Lorrain. Alleluia !
Arrivé à un certain âge, je m'aperçois que j'ai connu et vécu des événements qui sont, pour la plupart, aujourd'hui oubliés. Nous ne sommes plus très nombreux dans ce cas.
Musicien et historien de la musique en Lorraine, une grande partie de mon existence fut consacrée à la recherche et à la diffusion des événements musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles à Metz et à Nancy. Pour cela, j'ai utilisé les très rares témoignages laissés par des observateurs attentifs, et publié les résultats de mes travaux.
Un éditeur avisé et courageux n'a pas hésité à imprimer, sous ma signature, plusieurs ouvrages, dont certains font aujourd'hui référence. Des périodiques culturels lorrains ont voulu également dévoiler mes trouvailles et mes souvenirs.
Aujourd'hui, crise oblige, l'histoire musicale en Lorraine n'intéresse plus les éditeurs, et, lorsqu'une revue me demande un article, je ne puis y inclure mes souvenirs personnels, pourtant devenus rares.
Voilà pourquoi j'ai souhaité créer ce lien entre un chercheur octogénaire et des curieux de l'histoire de la musique en Lorraine. Vous trouverez, racontés ici, des événements musicaux dont je fus le témoin de 1945 à aujourd'hui, mais aussi les résultats de mes dernières recherches sur les XVIIIe et XIXe siècles.
Mes textes étant protégés, je demande aux personnes souhaitant les utiliser, de bien vouloir citer leur auteur.
Gilbert Rose
lundi 8 août 2011
lundi 25 juillet 2011
La musique contemporaine à Metz.
Acanthes va probablement quitter Metz, si on en croit la presse locale. C'est dommage.....
Avez-vous remarqué que dans le domaine de la musique d'aujourd'hui, à Metz, les initiatives courageuses sont vouées, à brève échéance, à une rapide dissolution ?
Souvenez-vous de Connaissance de la musique contemporaine de Léon Oleggini dans les années 60, qui ne vécut, hélas, que peu de temps, malgré l'énergie volontaire de son fondateur, faute de soutien.
La palme de longévité revient indubitablement à Claude Lefebvre, dont les Rencontres internationales de Musique contemporaine de Metz, commencées en 1972, se terminèrent misérablement en 1992. C'est un record ! C'est surtout la preuve qu'à Metz, les mélomanes et d'autres curieux, s'intéressent à la création musicale.
Nombreux sont ceux qui ont mêlé leur tristesse à celle des fondateurs lorsque les édiles de la ville décidèrent, en plein succès international, de supprimer ce joyaux culturel, fierté de la ville de Metz.
Lorsque Claude Lefebvre a élaboré le programme des Premières Rencontres, il était seul avec son épouse Inge, pour penser aux problèmes de tous ordres liés à une organisation de cette importance.
Le voyant se débattre (seul je le répète) face à des situations matérielles absorbantes qui risquaient de le déstabiliser, et fort de mon expérience de responsable artistique des Nuits de Chévremont, je lui proposai mon aide dans l'organisation pratique des manifestations envisagées, concerts et conférences.
Il accepta avec reconnaissance et soulagement ; il put ainsi consacrer tout son temps au domaine scientifique et artistique du festival.
En présence de Boulez et de Stockhausen, ces Premières Rencontres remportèrent un succès indubitable, digne, alors, de celui de Royan, qui n'avait pas encore sombré.
L'année suivante, pour préparer les Secondes Rencontres, Claude Lefebvre me demanda de m'occuper à nouveau de la régie. Bien évidemment, j'acceptai...
A partir de la troisième année, et les suivantes, Claude ne me demanda rien...., ma présence était devenue normale, naturelle...., et jusqu'aux 20me Rencontres, mon nom figura au bas des programmes, suivie de la mention : régisseur général.
Je ne m'en suis jamais plaint, car à ce poste secondaire, j'ai pu accompagner les plus grands compositeurs de notre temps, dont certains sont devenus des amis, en participant, modestement, à la création de nombreux chefs-d'oeuvre.
J'espère que parmi la nouvelle génération un amateur de musique messin relèvera à son tour un défi de longévité en élaborant une fondation pouvant fournir aux habitants qui le souhaitent, la possibilité d'entendre en priorité, dans un art si ancien qu'est la musique, les nouvelles créations de nos jeunes et talentueux compositeurs.
En attendant, consolons-nous avec Ionesco : Seul l'éphémère dure.....
Avez-vous remarqué que dans le domaine de la musique d'aujourd'hui, à Metz, les initiatives courageuses sont vouées, à brève échéance, à une rapide dissolution ?
Souvenez-vous de Connaissance de la musique contemporaine de Léon Oleggini dans les années 60, qui ne vécut, hélas, que peu de temps, malgré l'énergie volontaire de son fondateur, faute de soutien.
La palme de longévité revient indubitablement à Claude Lefebvre, dont les Rencontres internationales de Musique contemporaine de Metz, commencées en 1972, se terminèrent misérablement en 1992. C'est un record ! C'est surtout la preuve qu'à Metz, les mélomanes et d'autres curieux, s'intéressent à la création musicale.
Nombreux sont ceux qui ont mêlé leur tristesse à celle des fondateurs lorsque les édiles de la ville décidèrent, en plein succès international, de supprimer ce joyaux culturel, fierté de la ville de Metz.
Lorsque Claude Lefebvre a élaboré le programme des Premières Rencontres, il était seul avec son épouse Inge, pour penser aux problèmes de tous ordres liés à une organisation de cette importance.
Le voyant se débattre (seul je le répète) face à des situations matérielles absorbantes qui risquaient de le déstabiliser, et fort de mon expérience de responsable artistique des Nuits de Chévremont, je lui proposai mon aide dans l'organisation pratique des manifestations envisagées, concerts et conférences.
Il accepta avec reconnaissance et soulagement ; il put ainsi consacrer tout son temps au domaine scientifique et artistique du festival.
En présence de Boulez et de Stockhausen, ces Premières Rencontres remportèrent un succès indubitable, digne, alors, de celui de Royan, qui n'avait pas encore sombré.
L'année suivante, pour préparer les Secondes Rencontres, Claude Lefebvre me demanda de m'occuper à nouveau de la régie. Bien évidemment, j'acceptai...
A partir de la troisième année, et les suivantes, Claude ne me demanda rien...., ma présence était devenue normale, naturelle...., et jusqu'aux 20me Rencontres, mon nom figura au bas des programmes, suivie de la mention : régisseur général.
Je ne m'en suis jamais plaint, car à ce poste secondaire, j'ai pu accompagner les plus grands compositeurs de notre temps, dont certains sont devenus des amis, en participant, modestement, à la création de nombreux chefs-d'oeuvre.
J'espère que parmi la nouvelle génération un amateur de musique messin relèvera à son tour un défi de longévité en élaborant une fondation pouvant fournir aux habitants qui le souhaitent, la possibilité d'entendre en priorité, dans un art si ancien qu'est la musique, les nouvelles créations de nos jeunes et talentueux compositeurs.
En attendant, consolons-nous avec Ionesco : Seul l'éphémère dure.....
samedi 9 juillet 2011
Mes débuts à Radio-Nancy.
Ce matin, comme chaque jour, je fus réveillé par France Musique.
Mais aujourd'hui, un nouveau présentateur a proposé des chansons de variétés dont certains interprètes frôlaient la justesse au quart de ton. Et il nous a promis un programme semblable pendant quatre z'émissions....
J'ai alors pensé à ce début d'année 1945, lorsque, avec quelques amis, nous avons créé Radio-Nancy dans un studio de fortune, à l'aide de matériel américain.
Imaginatifs, Jacques Campain et Michel Guillet animaient des émissions nouvelles très variées, en compagnie de Marthe Hornus, Colette Navel, puis Paulette Sérault.
Chargé des émissions musicales, je fis appel à mes amis du Conservatoire, Monique Vincent, piano, Daniel Roux, flûte, Jacky Kessler, clarinette, Irène Maugué, soprano, pour ne citer qu'eux.....
Marcel Dautremer lui-même nous aida dans le choix des oeuvres. Amusé, notre directeur encouragea mes projets et son aide me fut précieuse, car je manquais d'expérience.
Sans vouloir me vanter, notre jeune enthousiasme nous permit de diffuser des concerts de musique de chambre assez remarquables, et ... en direct.... on n'enregistrait pas encore à ce moment....
Pour moi, cette aventure merveilleuse ne dura guère. Une loi nationalisant les radios privées, ceux d'entre nous qui étaient majeurs furent engagés comme fonctionnaires ; ce ne fut pas mon cas, j'avais 16 ans.... Je poursuivis néanmoins mes émissions pendant quelques années.
Ce jour-là, je me souviens avoir regretté de n'être pas plus âgé.... Aujourd'hui ce serait plutôt le contraire.......
Mais aujourd'hui, un nouveau présentateur a proposé des chansons de variétés dont certains interprètes frôlaient la justesse au quart de ton. Et il nous a promis un programme semblable pendant quatre z'émissions....
J'ai alors pensé à ce début d'année 1945, lorsque, avec quelques amis, nous avons créé Radio-Nancy dans un studio de fortune, à l'aide de matériel américain.
Imaginatifs, Jacques Campain et Michel Guillet animaient des émissions nouvelles très variées, en compagnie de Marthe Hornus, Colette Navel, puis Paulette Sérault.
Chargé des émissions musicales, je fis appel à mes amis du Conservatoire, Monique Vincent, piano, Daniel Roux, flûte, Jacky Kessler, clarinette, Irène Maugué, soprano, pour ne citer qu'eux.....
Marcel Dautremer lui-même nous aida dans le choix des oeuvres. Amusé, notre directeur encouragea mes projets et son aide me fut précieuse, car je manquais d'expérience.
Sans vouloir me vanter, notre jeune enthousiasme nous permit de diffuser des concerts de musique de chambre assez remarquables, et ... en direct.... on n'enregistrait pas encore à ce moment....
Pour moi, cette aventure merveilleuse ne dura guère. Une loi nationalisant les radios privées, ceux d'entre nous qui étaient majeurs furent engagés comme fonctionnaires ; ce ne fut pas mon cas, j'avais 16 ans.... Je poursuivis néanmoins mes émissions pendant quelques années.
Ce jour-là, je me souviens avoir regretté de n'être pas plus âgé.... Aujourd'hui ce serait plutôt le contraire.......
mardi 21 juin 2011
La musique adoucit les moeurs......
C'était au cours d'un concert de l'Orchestre du Conservatoire de Nancy, donné salle Poirel durant la saison 1948-49. J'étais au pupitre d'alto.
Marcel Dautremer, le directeur, avait prévu pour ce jour-la, une séance entièrement consacrée à Jean-Sébastien Bach.
La salle était comble, et le programme, fort alléchant, se terminait par la Toccata et fugue en ré mineur, oeuvre pour orgue, richement orchestrée par Léopold Stokowski. Cette pièce était très populaire en France, depuis la sortie, fin 1946, du film d'animation de Walt Disney, Fantasia.
Auparavant, on devait interpréter la Cantate du Café, pour laquelle Marcel Dautremer avait conçu une nouvelle orchestration, peut-être trop chargée, avec force cuivres, imitant ainsi celle de Stokowski. L'oeuvre n'était pas de la même envergure que la Toccata, l'instrumentation originelle de Bach étant très légère (une flûte, cordes et basse continue).
Une partie du public n'apprécia pas cette originalité et, après l'exécution, on entendit quelques sifflets mêlés aux applaudissements. Puis brusquement, une voix forte s'éleva de la salle :
"Nous sommes venus ici entendre du Bach, pas du Dautremer !"
L'homme qui proférait cette interpellation était debout à sa place au parterre, le visage cramoisi de colère.
Alors, le fougueux et jeune chef d'orchestre descendit de son pupitre, gagna les coulisses, puis, laissant sa veste d'habit entre les mains d'un appariteur, emprunta le déambulatoire. Il entra dans la salle, rejoignit le perturbateur imprudent, et le saisissant par derrière, une main au col l'autre à la ceinture, le sortit littéralement du parterre en le poussant énergiquement vers la sortie, jusque sur le trottoir de la rue Poirel !
Ensuite, apparemment calmé, Marcel Dautremer remonta sur son estrade après avoir remis sa veste, sous une salve d'applaudissements comme je n'en avais encore jamais entendus en ce lieu.
La Toccata qui suivit fut un triomphe... Il y eut même un bis...
J'ai ouï dire, car je n'étais plus présent, que les autres concerts de la saison eurent beaucoup de succès..... et qu'une place restait curieusement inoccupée.......au parterre.
Marcel Dautremer, le directeur, avait prévu pour ce jour-la, une séance entièrement consacrée à Jean-Sébastien Bach.
La salle était comble, et le programme, fort alléchant, se terminait par la Toccata et fugue en ré mineur, oeuvre pour orgue, richement orchestrée par Léopold Stokowski. Cette pièce était très populaire en France, depuis la sortie, fin 1946, du film d'animation de Walt Disney, Fantasia.
Auparavant, on devait interpréter la Cantate du Café, pour laquelle Marcel Dautremer avait conçu une nouvelle orchestration, peut-être trop chargée, avec force cuivres, imitant ainsi celle de Stokowski. L'oeuvre n'était pas de la même envergure que la Toccata, l'instrumentation originelle de Bach étant très légère (une flûte, cordes et basse continue).
Une partie du public n'apprécia pas cette originalité et, après l'exécution, on entendit quelques sifflets mêlés aux applaudissements. Puis brusquement, une voix forte s'éleva de la salle :
"Nous sommes venus ici entendre du Bach, pas du Dautremer !"
L'homme qui proférait cette interpellation était debout à sa place au parterre, le visage cramoisi de colère.
Alors, le fougueux et jeune chef d'orchestre descendit de son pupitre, gagna les coulisses, puis, laissant sa veste d'habit entre les mains d'un appariteur, emprunta le déambulatoire. Il entra dans la salle, rejoignit le perturbateur imprudent, et le saisissant par derrière, une main au col l'autre à la ceinture, le sortit littéralement du parterre en le poussant énergiquement vers la sortie, jusque sur le trottoir de la rue Poirel !
Ensuite, apparemment calmé, Marcel Dautremer remonta sur son estrade après avoir remis sa veste, sous une salve d'applaudissements comme je n'en avais encore jamais entendus en ce lieu.
La Toccata qui suivit fut un triomphe... Il y eut même un bis...
J'ai ouï dire, car je n'étais plus présent, que les autres concerts de la saison eurent beaucoup de succès..... et qu'une place restait curieusement inoccupée.......au parterre.
mercredi 15 juin 2011
Mes premières baguettes.....
Un jour de 1945, lorsque j'entrai dans la classe d'alto du conservatoire de Nancy, Gaston Stoltz me dit :
"Gilbert, il faut que tu me dépannes pour le prochain concert de l'orchestre, le timbalier vient de partir !"
J'objectai timidement que je ne connaissais pas cet instrument, mais mon professeur balaya ma remarque d'un geste de la main, pour lui, c'était chose réglée...
Il s'agissait d'un concert du grand orchestre du Lycée Henri-Poincaré de Nancy, que Gaston Stoltz devait diriger deux semaines plus tard !.... et où j'occupais depuis peu une place au pupitre d'alto.
Dès le lendemain, j'allai dans la salle de répétition et m'approchai des deux timbales, auxquelles, jusqu'à ce moment, je n'avais pas vraiment prêté attention. Elles m'apparurent insolites, comme deux gros chaudrons en cuivre posés sur des tréteaux, et recouvertes de peaux de veau, sur lesquelles on frappait avec deux baguettes.
Disséminées autour de la circonférence, des clés en forme de T, permettaient d'accorder l'instrument grâce à une tension plus ou moins importante de la peau.
Tout cela était facile à comprendre....... en théorie. J'y travaillai tous les jours jusqu'à la date du concert. Dieu merci, les morceaux du programme n'exigeaient pas de changements d'accord rapides.
Il y avait aussi une paire de baguettes pour frapper sur les peaux. Leur incongruité ne m'étonna pas, n'en ayant jamais vu de ma vie.
Chaque baguette était formée d'une baleine de parapluie, très souple, avec une poignée en bois d'un côté, et un cylindre de feutre dur enfoncé à l'autre bout. Lorsque je levais les baguettes pour frapper la peau, elles se courbaient dangereusement avant d'entrer brutalement en contact avec l'instrument.
Le jour du concert, tout se passa bien jusqu'au dernier morceau. Celui-ci commençait par un roulement de timbale fortissimo. Je levai mes baguettes, et, juste avant l'impact, un des deux embouts de feutre dur, entraîné par la flexibilité d'envergure de la baleine, se détacha et partit à la vitesse d'un boulet de canon, pour terminer sa trajectoire au milieu du public de la salle Poirel !
Je dus terminer le morceau avec une seule baguette, comme le timbalier de la Garde Républicaine à cheval.
Je n'ai jamais retrouvé mon embout de baguette, et personne, dans le public, n'a porté plainte pour agression .......
Tout de même, en ce temps-la, les mélomanes nancéiens étaient stoïques..... ou alors ma baguette était peut-être magique.....
"Gilbert, il faut que tu me dépannes pour le prochain concert de l'orchestre, le timbalier vient de partir !"
J'objectai timidement que je ne connaissais pas cet instrument, mais mon professeur balaya ma remarque d'un geste de la main, pour lui, c'était chose réglée...
Il s'agissait d'un concert du grand orchestre du Lycée Henri-Poincaré de Nancy, que Gaston Stoltz devait diriger deux semaines plus tard !.... et où j'occupais depuis peu une place au pupitre d'alto.
Dès le lendemain, j'allai dans la salle de répétition et m'approchai des deux timbales, auxquelles, jusqu'à ce moment, je n'avais pas vraiment prêté attention. Elles m'apparurent insolites, comme deux gros chaudrons en cuivre posés sur des tréteaux, et recouvertes de peaux de veau, sur lesquelles on frappait avec deux baguettes.
Disséminées autour de la circonférence, des clés en forme de T, permettaient d'accorder l'instrument grâce à une tension plus ou moins importante de la peau.
Tout cela était facile à comprendre....... en théorie. J'y travaillai tous les jours jusqu'à la date du concert. Dieu merci, les morceaux du programme n'exigeaient pas de changements d'accord rapides.
Il y avait aussi une paire de baguettes pour frapper sur les peaux. Leur incongruité ne m'étonna pas, n'en ayant jamais vu de ma vie.
Chaque baguette était formée d'une baleine de parapluie, très souple, avec une poignée en bois d'un côté, et un cylindre de feutre dur enfoncé à l'autre bout. Lorsque je levais les baguettes pour frapper la peau, elles se courbaient dangereusement avant d'entrer brutalement en contact avec l'instrument.
Le jour du concert, tout se passa bien jusqu'au dernier morceau. Celui-ci commençait par un roulement de timbale fortissimo. Je levai mes baguettes, et, juste avant l'impact, un des deux embouts de feutre dur, entraîné par la flexibilité d'envergure de la baleine, se détacha et partit à la vitesse d'un boulet de canon, pour terminer sa trajectoire au milieu du public de la salle Poirel !
Je dus terminer le morceau avec une seule baguette, comme le timbalier de la Garde Républicaine à cheval.
Je n'ai jamais retrouvé mon embout de baguette, et personne, dans le public, n'a porté plainte pour agression .......
Tout de même, en ce temps-la, les mélomanes nancéiens étaient stoïques..... ou alors ma baguette était peut-être magique.....
jeudi 2 juin 2011
Mon premier cachet....
Le 26 mai 1944, Philippe Pétain vint à Nancy et on sait qu'il y fut bien accueilli. Curieusement, la foule était aussi enthousiaste quatre mois plus tard, lors de la visite du général de Gaulle.
Mais, comme le disait à l'époque le chansonnier Noël-Noël, ce n'était sûrement pas les mêmes....
Lors de la réception de Pétain à l'Hôtel de Ville, l'Orchestre du Conservatoire fut pressenti pour exécuter quelques morceaux appropriés et l'incontournable Maréchal nous voilà !
Le directeur Alfred Bachelet étant décédé le 10 février précédent, ce fut mon professeur Gaston Stoltz qui dirigea l'orchestre, et me demanda de le remplacer au pupitre d'alto.
Nous étions installés sur la galerie qui surplombe le Grand Salon, côté ouest. De cet emplacement, on a une vue plongeante sur l'ensemble du salon, et je pus ainsi observer le déroulement de la cérémonie, très banale, discours et rafraîchissements. Mais pour moi c'était la première fois......
Je croyais que ma participation à cette cérémonie était bénévole, comme pour les Concerts du Conservatoire donnés salle Poirel.
Pas du tout ! Mon professeur m'avait inscrit sur la liste des musiciens supplémentaires rétribués. Comme je l'ignorais, je ne suis pas allé chercher mon gain.
Il me fut envoyé plus tard, sous forme de mandat : 14 fr. 50 (15 fr. moins les frais d'envoi). Ce fut mon premier cachet de musicien.... grâce au maréchal Pétain....
Il ne faut pas m'en tenir rigueur, car le 27 septembre suivant, j'ai encore gagné 15 fr., grâce, cette fois, au général de Gaulle.............. Mon 2d cachet.......
Mais, comme le disait à l'époque le chansonnier Noël-Noël, ce n'était sûrement pas les mêmes....
Lors de la réception de Pétain à l'Hôtel de Ville, l'Orchestre du Conservatoire fut pressenti pour exécuter quelques morceaux appropriés et l'incontournable Maréchal nous voilà !
Le directeur Alfred Bachelet étant décédé le 10 février précédent, ce fut mon professeur Gaston Stoltz qui dirigea l'orchestre, et me demanda de le remplacer au pupitre d'alto.
Nous étions installés sur la galerie qui surplombe le Grand Salon, côté ouest. De cet emplacement, on a une vue plongeante sur l'ensemble du salon, et je pus ainsi observer le déroulement de la cérémonie, très banale, discours et rafraîchissements. Mais pour moi c'était la première fois......
Je croyais que ma participation à cette cérémonie était bénévole, comme pour les Concerts du Conservatoire donnés salle Poirel.
Pas du tout ! Mon professeur m'avait inscrit sur la liste des musiciens supplémentaires rétribués. Comme je l'ignorais, je ne suis pas allé chercher mon gain.
Il me fut envoyé plus tard, sous forme de mandat : 14 fr. 50 (15 fr. moins les frais d'envoi). Ce fut mon premier cachet de musicien.... grâce au maréchal Pétain....
Il ne faut pas m'en tenir rigueur, car le 27 septembre suivant, j'ai encore gagné 15 fr., grâce, cette fois, au général de Gaulle.............. Mon 2d cachet.......
lundi 16 mai 2011
Lyrique franco-belge....
Le nouveau directeur du théâtre de Metz pour la prochaine saison se nomme Paul-Emile Fourny, et nous vient, paraît-il, tout droit du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.
Ce n'est pas la première fois que les scènes messine et belge échangent ainsi leurs dirigeants.
De 1728 à 1731, le théâtre de Metz, situé en Nexirue dans l'ancien Jeu de Paume, fut dirigé par Marie-Anne Dujardin ; eh oui ! une femme déjà...... en art on n'est pas sexiste.....
Il faut ajouter que c'était la première dame à occuper une telle charge. Elle venait de Bruxelles, où elle avait assumé la direction du fameux Théâtre de la Monnaie de 1724 à 1727 ; elle y avait engagé la Camargo, célèbre danseuse du moment.
Marie-Anne Dujardin eut une destinée fabuleuse. Elle serait née à Eslinnes-au-Mont (Belgique) le 4 mars 1678, ou à Lille en 1680. Débutante à l'Académie Royale de Musique de Paris en 1704 comme chanteuse lyrique, elle obtint des rôles de plus en plus importants jusqu'en 1711.
Elle partit alors subitement pour Rouen puis Bruxelles (déjà), mais revint en France et dirigea le théâtre de Rennes en 1718, dans un Jeu de Paume comme à Metz.
De 1721 à 1723, elle fut directrice de l'opéra du Voorhout à La Haye, en concurrence avec Jean Francisque. Après la Monnaie et le théâtre de Metz, elle partit pour le sud de la France, Avignon, Toulouse, Marseille, etc..., où elle dirigea successivement plus de dix théâtres lyriques dans lesquels elle laissa un grand nombre de souvenirs artistiques.
Le 11 mai 1737, elle inaugurait le célèbre Capitole de Toulouse nouvellement construit, avec une merveilleuse façade de Guillaume Cammas.
En 1746, cette artiste infatigable est à Lyon avec sa troupe, puis elle disparaît et n'apparaît plus dans mes recherches....
A Metz, elle fut remplacée, en 1731, par Guillaume Robart, lequel engagea la troupe lyrique de François Moilin dit Francisque (aucun lien de parenté avec Jean), qui dirigea la Monnaie de 1733 à 1734. (Il fut aussi directeur du théâtre de Nancy).
Le successeur de ce dernier, Jean-Richard Leroux dit Durand, directeur à Metz de 1733 à 1735, avait lui aussi dirigé la Monnaie en 1730. Curieux, non ?
A l'heure où l'on pense à une union des théâtres de Metz et de Nancy, on pourrait peut-être songer à inclure dans ce regroupement le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.....
Bonne idée, ne trouvez-vous pas ? ...... une fois.......
Ce n'est pas la première fois que les scènes messine et belge échangent ainsi leurs dirigeants.
De 1728 à 1731, le théâtre de Metz, situé en Nexirue dans l'ancien Jeu de Paume, fut dirigé par Marie-Anne Dujardin ; eh oui ! une femme déjà...... en art on n'est pas sexiste.....
Il faut ajouter que c'était la première dame à occuper une telle charge. Elle venait de Bruxelles, où elle avait assumé la direction du fameux Théâtre de la Monnaie de 1724 à 1727 ; elle y avait engagé la Camargo, célèbre danseuse du moment.
Marie-Anne Dujardin eut une destinée fabuleuse. Elle serait née à Eslinnes-au-Mont (Belgique) le 4 mars 1678, ou à Lille en 1680. Débutante à l'Académie Royale de Musique de Paris en 1704 comme chanteuse lyrique, elle obtint des rôles de plus en plus importants jusqu'en 1711.
Elle partit alors subitement pour Rouen puis Bruxelles (déjà), mais revint en France et dirigea le théâtre de Rennes en 1718, dans un Jeu de Paume comme à Metz.
De 1721 à 1723, elle fut directrice de l'opéra du Voorhout à La Haye, en concurrence avec Jean Francisque. Après la Monnaie et le théâtre de Metz, elle partit pour le sud de la France, Avignon, Toulouse, Marseille, etc..., où elle dirigea successivement plus de dix théâtres lyriques dans lesquels elle laissa un grand nombre de souvenirs artistiques.
Le 11 mai 1737, elle inaugurait le célèbre Capitole de Toulouse nouvellement construit, avec une merveilleuse façade de Guillaume Cammas.
En 1746, cette artiste infatigable est à Lyon avec sa troupe, puis elle disparaît et n'apparaît plus dans mes recherches....
A Metz, elle fut remplacée, en 1731, par Guillaume Robart, lequel engagea la troupe lyrique de François Moilin dit Francisque (aucun lien de parenté avec Jean), qui dirigea la Monnaie de 1733 à 1734. (Il fut aussi directeur du théâtre de Nancy).
Le successeur de ce dernier, Jean-Richard Leroux dit Durand, directeur à Metz de 1733 à 1735, avait lui aussi dirigé la Monnaie en 1730. Curieux, non ?
A l'heure où l'on pense à une union des théâtres de Metz et de Nancy, on pourrait peut-être songer à inclure dans ce regroupement le Théâtre de la Monnaie de Bruxelles.....
Bonne idée, ne trouvez-vous pas ? ...... une fois.......
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